Conférence vendredi 5 août 2016

Conférence vendredi 5 août 2016


La prière de demande

La prière reflète toutes les dispositions du coeur humain. ‘Il y a un moment pour tout’ (Qo 3,1). A cha-que heure sa prière. Parfois émergent des raisons de louer ou de remercier, parfois se fait entendre une plainte sourde ou une demande suppliante. Il existe de grandes réserves surtout à l’égard de la prière de demande. Beaucoup y voient une prière de moindre valeur ou plus primitive. Est-ce réellement le cas? Bien sûr, il y a des formes immatures de prières de supplication qui font de Dieu un bouche-trou auquel on demande de tout solutionner. L’homme veut alors faire une transaction avec Dieu. Mais doit-il vrai-ment en être ainsi?Demande et tu obtiendrasNe serait-ce pas plutôt qu’en tant qu’occidentaux modernes, nous n’osons pas demander assez dans notre prière? Nous arrive-t-il encore vraiment d’implorer? D’invoquer notre indigence? De plaider en faveur de ceux qui sont dans la misère? En d’autres termes : de crier ‘des profondeurs’ (Ps 130,1) ? Beaucoup d’intentions de prière sont si soigneusement rédigées qu’elles prennent l’apparence de surfa-ces polies et parfaitement lisses. En général, elles sont tirées directement de livrets. Mais viennent-elles du cœur?Pourtant, de vraies questions habitent notre coeur. Celle du sens de notre existence retentit de plus en plus dans notre riche Occident, surtout chez les jeunes. Et en des lieux moins favorisés dans la répartiti-on des richesses, comme les quartiers pauvres de nos villes ou sur le continent africain oublié, règnent de grands besoins qui ne peuvent nous laisser impassibles. De plus en plus de personnes âgées dépéris-sent dans la solitude. Des immigrés, jeunes surtout, parviennent difficilement à s’intégrer. Les malades et handicapés implorent une présence. Les demandeurs d’asile et les sans-papiers sont comme Lazare, à la porte de l’Europe. Un peu plus loin, des populations entières souffrent de la faim et la guerre. Rien de tout cela ne peut être passé sous silence dans notre prière. Pourquoi ne pas exprimer clairement ce qui nous –et Lui- tient tant à cœur? Une prière vraie garde les pieds sur terre. Elle ne fuit pas anxieuse-ment devant la souffrance et le mal. Une prière de supplication adulte pousse à l’engagement. Elle nous fait aspirer à une transformation de l’homme et du monde, elle réclame justice et solidarité, nous ouvre à l’autre. Elle nous pousse à nous impliquer. Moïse préfère être perdu lui-même que de voir ses frères exterminés - eux qui pourtant ont mérité leur punition (cf Ex 32,32). La prière nous renvoie vraiment au monde, Abraham nous l'apprend de son côté. Après avoir accueilli Dieu dans sa tente de façon merveilleuse, il va plaider sans réserves le salut de Sodome, ville sous la menace d'un anéantissement (Gn. 18). Ce récit touchant est le premier des textes bibliques que nous sommes amenés à considérer ici.AbrahamD'abord une remarque : la petite ville de Sodome, dans la Bible juive, représentait le mal absolu, un peu comme Auschwitz aujourd'hui. Le prophète Ezékiel en dit ceci:“Voici quelle fut la faute de Sodome, ta sœur : orgueil, voracité, insouciance désinvolte ; oui, telles fu-rent ses fautes et celles de ses filles ; elles ne fortifiaient pas la main du pauvre et du malheureux » (Éz 16,49).De même, Isaïe écrit:  “(…) vous qui êtes pareils aux chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous, peuple de Gomorrhe!” (Is. 1,10) . Il évoque un culte mêlé au crime (cf. Is. 1,13), leurs “mains sont pleines de sang” (Is. 1,15). «Leur partialité témoigne contre eux ; comme Sodome, ils étalent leur péché, ils n’en cachent rien. Hélas pour eux ! Ils font leur propre malheur » (Is. 3,9).Alors, quand Sodome, cette ville pervertie, est menacée d'anéantissement, Abraham insiste auprès de Dieu avec cette prière de supplication :“Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ?” (Gn 18,23-25).Sodome représente ici une communauté humaine avec le bien et le mal en son sein. Il en est toujours ainsi. En nous se logent le bien et le mal. Nous sommes une 'communauté mêlée', un 'corpus mixtum' comme dit Saint-Augustin. Le jugement de Dieu a pour objet telle communauté humaine. Dès lors, con-sidérez bien la première question que pose Abraham dans sa supplication.“Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable?”Poser la question, c'est y répondre. Pour Dieu comme pour Abraham, c'est une évidence : détruire les bons avec les méchants est hors de question. Or, que penser, si parmi une majorité de coupables une minorité se révèle innocente? Le texte le dit si bien : cette ville compte peut-être cinquante justes 'qui s'y trouvent'. Ainsi, la prière d'Abraham a un aspect révolutionnaire, vu que l'Israël antique a coutume de considérer le jugement de Dieu et des hommes en fonction de la Loi qui régit  la collectivité. Dans la Bible, la communauté, sujet collectif, a fortement conscience de son unité. Voilà qui diffère de notre culture moderne. Dans la Bible, l'individu ne peut être distingué du milieu où il se trouve. Il y a les liens de sang de la famille. Le lien tribal constitue la ville. Même dans les (grandes) villes, personne ne vit seul dans son appartement. Les jeunes n'ont pas leur 'kot'. A la ville comme à la campagne, deux voire trois générations vivent regroupées telle une famille très nombreuse, avec les gens de service en plus. Jamais -avant le septième siècle (Ez 18,1-4)- on ne se distingue pas du cercle dans lequel on vit. Nous, modernes, ne saurions comprendre cela. Or, que risque celui ou celle qui vit à Sodome? Si des innocents habitant cette ville existent, il n' y a pas d'hélicoptères pour les évacuer d'urgence. La conscience d'être un individu manque. Pour Abraham, les habitants de Sodome partagent un même destin. Aussi, de bout en bout, sa supplication couvre la ville de Sodome dans sa totalité. C'est pourquoi Abraham veut savoir sur quelle base Dieu fonde son jugement. Est-ce le mal du plus grand nombre? Ou est-ce la bonté de quelques-uns? La prière d'Abraham n'a pas pour but d'évoluer d'une conscience collective vers une conscience individuelle. Non, sa supplication pose la question au sein même de la conscience collective de son époque: c'est une révolution.Avec sa prière, il demande à Dieu qu'Il accorde son pardon à tous, pardon fondé sur une minorité inno-cente. Voilà son grand espoir. Que l'amour de Dieu pour la minorité innocente, si réduite soit-elle, suffit à faire suspendre le châtiment que méritent les autres.Dans sa prière de demande Abraham s'adresse à Dieu en tant que 'juge de toute la terre' (v 25). Or, de quelle façon Dieu juge-t-Il? Le mal perpétré par la majorité aura-t-il raison du lien entre Dieu et So-dome, avec pour conséquence la perte des innocents? Ou bien la justice divine sera-t-elle amenée à accorder le pardon à la ville entière? Ce serait alors un cadeau, une grâce obtenue par quelques inno-cents 'qui s'y trouvent'. Cela signifierait que Dieu tient à ces innocents.La question n'est pas théorique pour Abraham. Sa prière de demande est pleine d'angoisse, elle surgit dans sa détresse. Il se réalise bien que face au plus Haut, finalement, il n'a pas de recours. Comme Job, il est conscient de n'être qu'un 'peu de poussière et de cendre'. De façon bien plus subtile que nous, gens modernes, Abraham conçoit la transcendance de Dieu. Il est conscient de son néant face au plus Haut. Cependant, Abraham, avec une témérité admirable, cherche à rabattre. Il dit :«J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville? » (Gn 18,27-28)La réponse de Dieu:« Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq»Ce qui conduit Abraham à rabattre davantage:« Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. »Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trou-vera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. »Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ?» Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas». » (Gn 18,29-32)N'est-ce pas merveilleux? Au cours de cette histoire Abraham prend courage au fur et à mesure que Dieu accorde sa grâce avec plus de bienveillance. Dans sa prière de demande il est poussé de plus en plus à gager sur la justice divine. Il se risque à prier, avance. Le résultat est stupéfiant. Pour Dieu, même une minorité minuscule d'innocents pèse plus qu'une majorité coupable. Cette démesure paradoxale rend possible l'impossible : Dieu suspend son jugement. Combien plus grande est la volonté de Dieu de sauver plutôt que de châtier!D'Abraham à JésusAutre question: y a-t-il suffisamment d'hommes bons pour contrer le mal? Malgré la prière courageuse d'Abraham, qui fixait à dix le nombre de bons citoyens requis, la suite de l'histoire nous apprend qu'il en manquait pour totaliser ce nombre, même en incluant Loth et sa famille. (Gn. 19,12-13)Dans ce monde déchiré, Dieu a besoin d'un minimum d'hommes bons. Confiants dans Sa bonté, ils ont à lutter contre le mal afin de faire apparaître Sa Grâce. Lors de l'exil, il n'est même plus question de trou-ver 10 hommes bons. Quand la ville de Jérusalem est à son tour menacée, Jérémie va rabattre encore plus qu'Abraham n'osait faire, réduisant le nombre requis à un seul homme bon. Chez Jérémie, la parole de Dieu assure :“Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et renseignez-vous ! Cherchez sur ses places : si vous trouvez un homme, un seul, qui pratique le droit et recherche la vérité, alors je pardonnerai à la ville” (Jér 5,1).C'est plus frappant encore dans le texte du Pseudo-Isaïe, quand l'exil va vers sa fin. De nouveau, l'at-tente se manifeste d'un homme qui puisse sauver les égarés et les coupables :“ Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. (…)Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une des-cendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, jus-tifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. (Is. 53,6.10-11) »Jésus s'est identifié avec ce personnage mystérieux, quand il s'est livré pour 'une multitude de gens' [Mc 14,24]. Avec Jésus, la prière de supplication d' Abraham est bien plus que comblée. Dieu promettait à Abraham de pardonner le mal, s'il pût trouver dix hommes bons. Jésus est cet homme, seul, en qui “Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes” (Tit 3,4)Seigneur, apprends-nous à prierJésus n’est pas seulement l’accomplissent de la prière de supplication. Il nous donne aussi la suprême école de prière de supplication. Il nous apprend comment demander et ce que nous devons demander. Il nous encourage à tous égards à faire des demandes. Il appelle à une confiance à toute épreuve, jusqu’au ‘sans gêne’ (Lc 11,8) : ‘demandez, on vous donnera’ (Lc 11,9). En même temps, il nous faut soigneusement différencier ce que nous pouvons demander à Dieu ou pas. Vouloir tout goupiller selon nos caprices, n’atteste pas d’une confiance adulte. Nous pouvons demander à Dieu ce qui est dans la ligne de Jésus lui-même. Ce que nous pouvons attendre de Dieu, nous l’apprenons de Lui. En Lui, nous prenons conscience de ce que Dieu fait pour nous. Mieux vaut donc nous tourner en son nom vers le Père. Dans son discours d’adieu, Jésus est formel : ‘Ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera’ (Jn 15,16).Comment prier au nom de Jésus? Au lieu de poursuivre sa propre volonté, Jésus fait confiance au désir profond de son Père. C’est la clef de la prière de demande enseignée par Jésus à ses disciples (cf Mt 6, 9-13 et Lc 11,2-4). Et cette clef ouvre la porte qui permet à Dieu de nous exaucer.Le notre pèreLa prière du Seigneur s’adresse à ‘notre Père qui est aux cieux’. L’adresse en dit long. Personne ne con-naît mieux que Jésus la grandeur de Dieu qui est dans les cieux. C’est dans ce respect incommensurable pour la grandeur de Dieu que Jésus a découvert sa proximité. Jésus peut dès lors s’adresser à lui en utili-sant un mot tiré du vocabulaire enfantin. Jésus le nomme abba (Mc 14,36) ce qui signifie : papa. Ce merveilleux mélange de respect et de proximité est la raison suprême de se confier en Dieu. Le Tout Autre se donne Tout Proche. Le Tout Puissant est l’amour en personne (cf 1Jn 4,8). Nous pouvons nous tourner vers ce Père des cieux, en frères et sœurs de Jésus. Il est vraiment notre Père. Jésus nous apprend ce que nous devons demander. Si Dieu nous a offert son amour divin, nous n’avons qu’une chose à demander : que les hommes puissent toujours plus reconnaître son amour. Qu’Il puisse être un tel Père pour tous les hommes. Que son Alliance soit réalisée en vue du bonheur du monde entier. Cette supplication se déploie tout au long du Notre Père au travers de sept prières courtes. -   Jésus prie en premier lieu pour que le nom glorieux de Dieu – c’est à dire sa personne – soit sanctifié. Que Dieu puisse finalement être Dieu. Jésus nous apprend à prier ainsi. Qu’une telle prière soit exaucée, dépend aussi de nous. Qui prie ainsi ne peut rester hors de cause. Il doit se comporter saintement vis-à-vis de Dieu et des autres, au risque sinon de blasphémer le nom de Dieu (cf Rm 2,24).- Dans la même ligne, Jésus demande que le Règne de Dieu vienne. Le règne de Dieu, c’est à dire : son influence bienfaisante, son attention de bon roi qui prend le parti de son peuple. Là aussi, nous gardons les pieds sur terre car le ‘le règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint’ (Rm 14,17).- Comme Jésus, nous demandons que la volonté de Dieu puisse devenir réalité. Mais qu’est-ce c’est : sa volonté ? Certainement pas un arbitraire aveugle. Dieu s’est-il révé-lé à Abraham comme un potentat brutal? Vraiment, la volonté de Dieu n’est pas de l’arbitraire possessif !Regardons le texte biblique de plus près. La ‘volonté de Dieu’ se traduit mieux par ‘bienveillance’.  Dans les mots de la Bible que nous traduisons par le terme strict de ‘vo-lonté’ (ratsôn et chefets), il s’agit d’une aspiration, d’un désir, il signifie également ‘fa-veur’ (Pr 11,1), ‘bonté’ (Ps 51,20) et ‘bienveillance’ (Is 60,10). Si la volonté veut dire : ‘bienveillance’, alors, comme peut-elle être faite ? Quand Jésus priait que la volonté de Dieu se fasse, que voulait-Il dire ? Une chose est sûre : si la vo-lonté est plutôt bienveillance, il ne faut pas que l’homme doit s’humilier devant Dieu. De fait, il n’est pas tellement question de ce que fait l’homme. C’est une prière pure : elle demande que Dieu fasse quelque chose. Jésus demande avec insistance que son Père réalise sa bienveillance. Qu’Il met en action son projet de salut, grâce à son peuple bien-aimé. Ce n’est pas par hasard que le peuple est nommé ‘celui en qui Dieu prend plaisir’ - le mot est identique à celui que nous traduisions par ‘volonté’ (Is 62,4 LXX).  ‘On t’appellera « Celle en qui je prends plaisir » (…) Comme l’enthousiasme du fiancé pour sa promise ton Dieu sera enthousiasmé pour toi’ (Is 62,4-5).Voilà la prière de supplication de Jésus. Que Dieu réalise sa bienveillance. C’est l’accomplissement de ce que commençait avec Abraham. Jésus aspire vers l’alliance et la relation avec le Père. Ce qu’Il désire, c’est le bon plaisir de Dieu. C’est ça : la volonté de Dieu. Voilà ce qui Lui plaît. Voilà sa joie : que Dieu trouve finalement le partenaire qui reconnait sa misericorde. Lorsque nous prions ainsi le notre père, nos propres souhaits sont éprouvés au creuset de leur valeur. Nous apprenons à ‘discerner ce que Dieu veut’ de nous (Rm 12,2). Avec les talents qui sont les nôtres, nous aspirons à l’accomplissement de ses desseins pour le monde.- Tout ceci se concrétise dans notre prière pour le pain quotidien. Qui prie comme Jésus partage d’abord la confiance inébranlable de ce dernier : Dieu donne en temps voulu nourriture à tout ce qui vit (cf Ps 104,27). Il ne faut se faire aucun souci du lendemain (cf Mt 6, 34). Mais Jésus ne fait pas l’éloge de ce riche étourdi qui n’avait pas d’yeux pour le pauvre Lazare qui attendait sur son seuil (cf Lc16, 19-31). Il n’est pas possible que ‘certains aient faim pendant que d’autres sont ivres’ (1Co 11,21). Tout comme dans l’Ancienne Alliance, la confiance en Dieu va de pair avec le souci du monde de Dieu. Jésus souffre  lui-même de la faim dans le moindre de ses frères. Et il est rassasié lui-même lorsque nous partageons notre pain avec eux (cf Mt 25,35).- L’aide de Dieu ne doit pas être implorée seulement pour que chacun ait de quoi se nourrir. Le pardon dépasse lui aussi nos propres forces. Même si Jésus nous a donné li-bre accès au Père, nous demeurons faibles car toujours nous nous détournons de Dieu et de nos proches. C’est pourquoi Jésus nous apprend à prier pour le pardon. On ne peut douter de celui qui offre ce pardon mais bien du destinataire. Dieu nous donne gratuitement son pardon. Cela ne fait aucun doute car Il est Amour. Mais nous, l’acceptons-nous pleinement? Telle est la question que Dieu nous pose: ‘Dieu vous adresse un appel : laissez-vous réconcilier avec Dieu’ (2Co 5,20). La réponse doit venir de nous-même. Le seul signe d’une véritable acceptation de ce pardon réside en ce que nous sommes. Lorsque nous ne serons plus impitoyables envers ceux qui nous ont fait du mal, nous aurons laissé pénétrer l’amour de Dieu en nous. Que ‘nous pardonnions à ceux qui nous ont offensés’ et aimions nos ennemis est l’empreinte du pardon de Dieu. Implorer le pardon de Dieu, c’est demander en même temps de pouvoir pardonner aux autres (cf Mt 5,44). Ainsi, nous aspirons à un univers fraternel où l’amour du Créateur soit à nouveau reconnaissable.- Prenant douloureusement conscience du mal dans ce monde, nous demandons avec Jésus : ‘Ne nous soumets pas à la tentation’. Dieu n’est bien sûr pas Celui qui nous conduit au péché. ‘Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne’ (Jc 1,13). Ces tentations ne peuvent qu’être l’œuvre des forces du mal. C’est pourquoi, nous répétons avec insistance : ‘Délivre-nous du mal’ ou  - traduit aussi exactement- ‘Délivre-nous du Mal’. Telle est l’ultime tentation : que nous qui avons accès à l’amour de Dieu, nous disions finalement non à cet amour. Que sur le seuil de la Lumière, nous reculions et que finalement nous soyons tentés par les ténèbres. C’est pourquoi Paul dit : ‘Ne donnez aucune prise au diable’ (Ep 4,27).Le Notre Père résume tout l’évangile par ces courtes prières. Il s’agit continuellement de Dieu, Père très bon auquel nous pouvons faire confiance en toutes choses. Rien d’étonnant à ce que Jésus nous ap-prend à prier avec sa prière de demande (cf Lc 11,1). Lode Aerts


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