Conférence samedi 6 août 2016

Conférence samedi 6 août 2016


ECOUTER L‘ESPRIT EN EGLISE

par Mgr Jean-Luc Hudsyn

Le Mardi 26 juillet en fin de matinée aux JMJ, le bruit s’est répandu de l’assassinat dans le diocèse de Rouen de l’Abbé Jacques Hamel. Il venait d’être égorgé au cri de « Allah Akbar »…Les réactions parmi les jeunes ont été très diverses :- Les uns étaient effondrés- D’autres se sont mis à avoir peur de ce qui pouvait arriver dans les JMJ- D’autres encore ont proposé de prier- Certains étaient en colère- Des paroles dures ont été prononcées (peut-être qu’on n’osait pas à cet endroit prononcer le mot de vengeance mais on en pensait pas moins)- Certains disaient que c’est ce qui devait arriver avec la politique irresponsable menée pour l’accueil des réfugiés (un thème chaud en Pologne)- D’autres ont parlé de réaffirmer plus que jamais l’identité chrétienne de l’Europe et de le manifester haut et fort- Devant le discours de pardon de certains, d’autres n’étaient pas loin de voir là un signe de naïveté et de faiblesse. - Il y a eu des voix pour se demander comment faire œuvre de paix, de dialogue, de fraternité, voire de miséricorde (le thème de ces JMJ)…Il y a eu de tout même si c’était moins violent que ce qu’on a pu voir apparaître directement sur les réseaux sociaux Les jeunes se sont mis évidemment à parler de tout cela. On a voulu prier en groupe - organiser des veillées : mais dans cette prière, dans ces veillées, que dire ? que chanter ? que demander ?...En dessous de ces interrogations, il y avait cette question fondamentale pour des croyants : face à une telle situation, que nous demande l’Evangile comme réaction ? Et aussi : comment déchiffrer, discerner ce que l’Esprit-Saint veut nous dire au cœur de ce drame épouvantable ?  On est en fait au cœur de la question qui nous rassemble ici : comment entendre ce que Dieu nous dit aujourd’hui dans les événements de la vie ? Comment bien se mettre à son écoute ? Et dans ce cas-ci : comment faire pour avoir un cœur qui écoute quand on est en train de vivre un événement qui suscite tant d’émotions contradictoires en nous et autour de nous, tant de sentiments en sens divers, tant de passion aussi ?

Je me suis rendu compte après coup, que l’on venait de sortir d’une belle rencontre où tous les groupes belges présents de différentes manières aux JMJ se sont retrouvés tous ensemble dans une même église pour une veillée de prière. Nous y avons reçu un enseignement qui commentait justement le même texte de l’Ecriture que celui qui a été retenu pour cette journée : Ac 2, 41-47 !!! On a parlé des 4 pieds sur lesquels résident la vie chrétienne : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la prière. On nous avait dit que ce sont là comme les 4 pieds d’une chaise. Pour tenir solidement debout… on a intérêt à ce que ces 4 pieds de la chaise aient la même longueur ! Si un de ces pieds est moins important… alors on est en déséquilibre…   Au fond, avec le recul, je me dis que presqu’instinctivement, sans faire beaucoup de théorie sur la manière dont Dieu nous parle, sans beaucoup se demander comment faire pour « avoir un cœur qui écoute » ce que Dieu pouvait bien nous dire dans ce drame vécu dans cette église de France, on a mis cela en œuvre presqu’instinctivement. Ce jour-là, beaucoup de groupes de jeunes et moi-même nous avons mis cela en œuvre :- Il y a eu de la communion fraternelle - Nous avons prié- Il y a eu des veillées d’adoration devant ce pain rompu qu’a été la vie du Christ - Nous avons entendu des paroles qui relève de ce les Actes appellent « l’enseignement des apôtres.Et si une écoute de Dieu a pu se faire ce jour-là, c’est grâce au fait que nous avons essayé d’écouter Dieu en faisant Eglise. Ce qui est bien le thème qui m’a été demandé de développer devant vous. On n’entend bien Dieu, et on se met à l’écouter en profondeur toujours avec d’autres et grâce aux autres. Jamais en n’écoutant que moi, en n’écoutant que mon égo… si saint puisse-t-il être !!Je sentais bien d’ailleurs que dans les réactions passionnelles de certains, pour eux il n’y avait rien à écouter… sinon ce qu’il ressentait eux-mêmes dans l’immédiateté de leur réaction : leur réaction d’agressivité ; de colère ; voire de haine. Ou aussi leur réaction de peur. Ils donnaient l’impression (et on vit tous cela…) qu’ils avaient déjà leur réponse sur la manière de donner sens à tout cela : ils avaient leurs évidences quitte à se situer dans le même registre que celui des agresseurs et donner prise à la violence qu’il sentait monter en eux…
Un peu sous forme de témoignage je voudrais décrire comment - en ce qui me concerne mais aussi en voyant comment cela s’est passé pour ceux qui m’entouraient - comment et grâce à quoi une écoute de ce que je crois être l’Esprit-Saint s’est mise peu à peu en place. Qu’est-ce qui m’a aidé à écouter, dans tout cela, la voix d’un autre ? la voix de Dieu ? Qu’est-ce qui a pu inspirer alors mon intelligence de ce qui se passait ? qu’est ce qui a pu ‘travailler, ‘convertir’ mes réactions pour qu’elles soient dans la ligne de mon désir de vivre « à la suite du Christ »? Et cela afin que je sois avec Lui et avec les autres sources de vie malgré tout et non simple répétition de cette violence et source de mort moi aussi ? NB : C’est important de voir pourquoi nous écoutons Dieu, et pourquoi Il nous invite à tendre l’oreille à son désir : si Dieu nous appelle, s’il désire nous parler… ce n’est pas pour nous brimer, pour nous imposer à tout prix ses façons de voir… S’il nous parle, s’il nous appelle, c’est uniquement ‘pour nous’, ‘pour notre salut’ ! Pour nous inviter à prendre des chemins qui nous font grandir dans notre vocation d’hommes et de femmes créés à son image. Pour que nous réaliser dans ce que nous sommes : créateurs de vie avec lui. Et pour cela entrer dans les attitudes de Jésus parce que vivre à sa manière est source de vie. Entrer dans ses attitudes parce qu’elles sont fécondes. Faire des choix qui font grandir le vivre-ensemble, la paix, la joie de vivre et le courage de vivre les uns avec les autres au Souffle de son Esprit d’amour.
Par quelles étapes je suis passé dans cette écoute ?Vous allez peut-être vous demander - à certains moments - vers quoi je vous amène dans cet itinéraire personnel … mais je crois savoir où je vais !! Vous montrez qu’écouter Dieu cela se fait toujours avec d’autres… cela se fait toujours en Eglise… pour ne pas s’illusionner sur Dieu, pour ne pas le créer à mon image, pour ne pas le confondre avec ce que je veux, ou avec mes peurs, ou avec mes désirs secret d’en faire mon complice, de l’utiliser à mon service…Première étape… - A l’Ecoute de l’Ecriture- A l’écoute des grands témoins de la foiEn ce qui me concerne, j’ai d’abord pensé à ce que nous avions expérimenté en visitant quelques jours avant un camp de concentration et d’extermination : l’absurde qui habite l’homme dans sa capacité de détruire, de commettre le mal, d’humilier son prochain… Avec ce cri qu’on sent monter en soi quand on circule au milieu de ces baraquements et de ces fours crématoires : ce cri qu’a poussé Jésus lui-même : « Pourquoi ? » -  « Et Dieu dans tout cela ? » Et en même temps, je n’oubliais pas que dans cette horreur, il y a eu des hommes et des femmes qui - Dieu sait comment - sont restés humains, aimants. Dont certains ont d’ailleurs été à juste titre canonisés ou béatifiés - y compris dans ce camp de Madjanek où nous étions.Et puis j’étais très touché parce que la veille - mais pour votre génération cela ne dira sans doute rien…. - la veille dans les églises de Pologne on faisait mémoire de Jerzy Popieluszko - un jeune prêtre polonais maintenant canonisé. Lors de la révolte qui a fini par libérer la Pologne de la dictature du régime communiste soviétique avec le mouvement « Solidarnosc » (Lech Walésa), il était très courageux dans ses dénonciations du régime communiste et un ardent défenseur des positions de Jean-Paul II et du Cardinal Wyszynski pour le respect des droits humains et des droits de Dieu… Un jour en décembre en octobre 1984, il a 37 ans, il est assassiné. Il avait toujours dit : « nous devons vaincre le mal par le bien ». Moi j’étais prêtre, j’avais 37 ans aussi… Et sa mort - martyr - m’avait fortement interrogé, mis en question. Je me souviens que je me suis demandé si moi j’étais prêt à suivre celui qui nous avait prévenu : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi »… Mais notez qu’il ajoute en même temps : « S'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » Jn 15,20 (Cela doit nous encourager : il y a des épreuves à affronter… mais aussi des fruits !)Voilà ce qui tournait dans ma tête en rentrant à mon logement après l’annonce de ce prêtre égorgé au pied de l’autel…Vous voyez que je commençais à entendre des choses : sur ce mal dont l’homme est capable hier et aujourd’hui ; et qui a fait crier le Christ son « pourquoi » sur la croix… mais sur cette croix il n’a pas céder à la vengeance. Il y a eu son pardon qui nous dépasse, son écoute du larron, son abandon final au Père… Cela m’a rappelé ce que veut dire suivre le Christ - hier et aujourd’hui - et sur lequel n’a pas fait mystère : le suivre c’est vivre aussi des épreuves. Il y a eu ce jeune prêtre polonais martyr lui aussi mais qui voulait vaincre le mal par le bien…Bien sûr, je me suis dit cela alors que je réfléchissais seul en marchant dans Cracovie. Mais… étais-je seul ?Car la mémoire de ces camps de la mort, de ces prêtres, ont fait remonter aussi en moi des paroles du Christ, des paroles de l’Evangile. Or, si c’est paroles sont paroles de Dieu pour nous, elles sont aussi en fait paroles de l’Eglise. Comment sont nés les Evangiles. Des paroles de Jésus ont brûlé le cœur des premiers disciples. Ils se les sont répétées et transmises. Il les ont méditées et priées ; ils ont senti que ce trésor il fallait le mettre par écrit ; puis les évangélistes les ont organisées pour que les communautés puissent avoir des « Evangiles » - c-à-d pas de simples reportages sur ce qui c’était passé autrefois, mais une catéchèse qui manifestent que ce que Jésus a fait et dit, le Christ ressuscité continue de le faire et de le dire. Elles sont paroles de vie pour l’aujourd’hui de ceux qui se laissent toucher par le Christ et se mettent à sa suite.L’Evangile, l’Ecriture c’est un cadeau transmis par l’Eglise et rédigé en Eglise pour être lu en Eglise.Quand j’entends l’Evangile résonner, quand je le lis même seul dans ma chambre… c’est grâce à l’Eglise et en communion avec les communautés qui ont mis les paroles et les actes de Jésus, leur expérience du Ressuscité par écrit vers la fin du 1er siècle.J’ai un Evangile en mains 2000 ans après, grâce aux communautés qui ont voulu transmettre ce trésor à travers les siècles et voilà qu’il a été déposé entre nos mains (et donc pour que l’histoire de cette transmission continue…). Si un Robinson Crusoé devait découvrir une Bible par hasard sur une île déserte, s’il l’ouvre - sur cette île où il est seul… - il n’est plus vraiment seul ! Il entre en fait en communion avec un peuple immense de croyants qui ont fait qu’il a un Evangile entre les mains. Et comme disait quelqu’un : écrit par l’Eglise, le Nouveau Testament est fait pour être lu en Eglise - j’y reviendrai.Et donc dans ma réflexion en solitaire dans les rues de Cracovie j’étais déjà en lien avec l’Eglise à travers ces paroles d’Evangile que cet événement de Rouen avait fait monter en moi, qui m’était revenue à la mémoire.  NB : c’est la force de l’Ecriture quand on la fréquente de façon « assidue »… : elle finit par parler aussi toute seule en vous - comme pour les amateurs de Rimbaud, ou de Verlaine, ou de Guido Gezelle … ou de Guillevic : il y a des moments ou des passages de leurs poèmes remontent tout seuls en vous comme un écho qui éclaire un événement, une situation!  Il y avait donc l’Ecriture qui m’a éclairé… et c’est déjà en fait grâce à l’Eglise qui me l’a transmiseMais il y avait aussi ces visages d’autres témoins de l’Evangile qui donnait un éclairage particulier sur le sens de ce que l’Abbé Jacques Hamel avait vécu. J’ai entrevu en eux comment l’Evangile les avaient fait réagir en disciples de Jésus : Saint Maximilien Kolbe à Auschwitz - ce laïc du camp de Madjanek qui a été béatifié - ce prêtre ordonné en secret à Dachau Karl Leisner - ce jeune Jercy Popieluszko : à travers eux je retrouve cette grands amis de Dieu que sont les saints et les saintes : ces figures qui nous disent que la foi en vaut la peine, qu’elle est un chemin praticable - et qu’un certains nombres d’entre eux ont pu la vivre même dans l’épouvante.Il y a eu un moment où on se méfiait de trop évoquer les saints - les hagiographies - Et c’est vrai qu’elles étaient sont parfois écrites à l’eau de rose, quitte à occulter leurs hésitations, leurs moment de doute. Comme si ces hommes et ces femmes étaient nés saints de toute éternité.. et n’avaient pas dû le devenir, progressivement avec des haut et des bas… Aujourd’hui, on canonise heureusement des saints qui ne sont plus comme autrefois souvent que des rois, des reines, des moines ou des ascètes un peu hors du commun… Aujourd’hui, l’Eglise nous offre des figures de gens ordinaires, plus proches de nous, dont on a les photos, dont des gens qui les ont connus peuvent parler…. Les saints sont aussi des figures à travers lesquelles Dieu peut nous parler : et il y en a pour tous les goûts, pour tous les tempéraments et tous les états de vie…  Ces témoins privilégiés que sont les saints (et les témoins du Christ qui nous entourent) sont aussi des figures stimulantes qui peuvent éclairer ce que nous vivons : ils sont aussi paroles de Dieu pour nous. C’est une des manières aussi où l’Eglise du ciel (et de la terre) vient nous aider à discerner Dieu dans notre vie. 
Deuxième étape- « L’enseignement des apôtres »- L’écoute des autres dans la communion fraternelleMais ma réflexion sur ce que nous demande Dieu toujours dans ce même événement tragique c’est encore enrichie plus tard dans la journée et le lendemain quand j’ai pris connaissance d’autres paroles à travers lesquelles je pouvais discerner comment mieux écouter Dieu encore toujours à partir de cet événement tragique de Saint-Etienne-du- Rouvray.On l’a vu dans les Actes, « l’enseignement des apôtres » est aussi ce lieu où Dieu nous parle. Et ses apôtres d’aujourd’hui je les ai entendus d’abord dans la parole du Pape François : « Ne cédez pas à la tentation de faire de cet événement une guerre de religion » Les vrais religieux, les religions dans leur élan le plus profond construisent la paix. Puis il y a eu l’homélie du Cardinal de Paris (du moins sa première partie…) disant avec force que les vrais croyants ne sont pas « ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort… ».Et il ajoutait : « L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. … L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté »…Puis, il ya avait au milieu de nous à Cracovie, le président de la conférence des évêques de France Mgr Pontier disant  : « Aucun Dieu ne nous demande de nous entretuer » - « Ce qui demande du courage n’est pas d’assassiner mais de construire la fraternité avec des gens différents de nous » - "Le chemin de l'Eglise nous invite au dialogue, sinon c'est l'affrontement".De même il y avait parmi nous l’archevêque de ce prêtre Mgr Lebrun qui nous disait avant de quitter précipitamment les JMJ : "L'Eglise catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes - Jésus nous a dit d'aimer nos ennemis et même de prier pour eux. Aimer ses ennemis, est-ce possible ? Je vais essayer, au moins je vais prier pour eux". Et dans l’enseignement que nous avions reçu le matin même par notre archevêque Mgr De Kesel, il y avait cette parole : Dans cette société et ce qu’elle vit, comme chrétiens, il nous faut  « aller les uns vers les autres, par-delà toutes les frontières, et montrer qu’il est possible de vivre ensemble, en paix, dans le respect mutuel. »
« Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres » : Dieu nous parle aussi par les pasteurs de l’Eglise, par les grands textes de l’Eglise et nous avons des papes qui nous fournissent aujourd’hui des textes de grande profondeur et de grande inspiration : Jean-Paul II, Benoît XVI (Deus Caritas est) et ne parlons pas du Pape François : Evangelii Gaudium, Laudato Si, Amoris laetitia…).Nous avons la chance d’avoir dans l’Eglise de ce temps un certain nombre d’Apôtre qui sont aussi … des prophètes ! Que Dieu nous donne pour faire résonner la parole de Dieu face à ce monde qui est le nôtre, qui actualisent la Parole de Dieu et nous en montrent les enjeux. Qui nous disent en quoi l’Evangile doit faire de nous des chrétiens engagés, « en sortie » vers les autres, quitte à aller à contre-courant sur un certain nombre de points et de valeurs pour que la vie l’emporte.Et comme ils communiquent mieux… et utilisent un langage souvent accessible… je vous invite à lire certains de ces textes et de les travailler seul et surtout avec d’autres. Mais les Apôtres, ce n’est pas que le Magistère de l’Eglise ni que le pape, les évêques et certains moines… L’Eglise nous éclaire aussi à travers tous ceux qui sont habités par l’Esprit : et nous le sommes tous de par notre baptême et notre confirmation. Vous le savez mieux que moi combien sont riches nos échanges et nos partages quand nous essayons de discerner ensemble ce que Dieu désire : c’est même essentiel pour l’Eglise, que se multiplient des lieux d’Eglise où des chrétiens se mettent ensemble pour lire la Parole de Dieu, pour l’écouter ensemble, pour faire « révision de leur vie » et mieux la vivre dans l’Esprit du Christ, pour discerner les appels de Dieu et la manière dont nous pourrions mieux y répondre. Nous avions cela aux JMJ - comme ici : des moments passés en petites « fraternité » pour écouter l’Esprit à travers la parole des autres.Le baptême nous a fait « prophètes » - porte-parole de Dieu chacun à notre manière et à notre mesure. Mais je voudrais insister sur la manière dont nous pouvons être « prophète de Dieu » pour les autres : nos paroles permettront aux autres de mieux entendre Dieu, dans la mesure où nos actes et nos attitudes sont au diapason de l’amour de Dieu… C’est là qu’on voit combien « la communion fraternelle » est aussi un micro-climat qui facilite l’écoute de Dieu. L’autre peut mieux entendre Dieu lui parler au cœur et à l’oreille s’il se sent respecté, écouté, encouragé, aimé. Cela ne veut pas dire qu’il faut une sorte de douceur à l’eau de rose, et qu’on ne peut pas voir de désaccord ou de conflit. La vérité, fait partie de l’amour : pas d’amour sans vérité ; mais pas de vérité sans amour. Il y a une façon de dire à l’autre ses « quatre vérités » - comme on dit en français - qui fait que l’autre va se fermer, se sentir humilié, méprisé qui n’a rien à voir avec ce que Saint Jean appelle « faire la vérité ».Je crois que le pape François touche à quelque chose de très beau dans son document « Amoris laetitia » quand il montre combien on ne peut grandir mutuellement, dans les couples, dans les familles, mais aussi dans les communautés diverses que si on entre dans cet amour décrit par S. Paul : une présence à l’autre qui «patiente, rend service, se fait aimable, pardonne, fait confiance, espère, supporte tout »… Là Dieu se fait audible, là Dieu parle au cœur sans grand discours de notre part, là sa voix se fait entendre…C’est d’ailleurs une des expériences fortes qui touche les jeunes aux JMJ et aussi qui « parlent » aux personnes qui nous ont accueillies là-bas en Pologne. Tout le monde sait que c’est une société homogène qui a un peu de peine à accueillir les autres trop autres (et ce n’est pas un jugement) : voir la joie et l’affection qu’il y avait dans un groupe de chrétiens - et de moins chrétiens… - où il y a des belges belges, des belges africains, des réfugiés syriens - des belges de diverses origine… - ce fut très interpellant (on nous l’a dit) et sans doute très « parlant » de cette diversité vécue comme une chance et qui va dans le sens du Royaume dont nous parlent les Ecritures… Dieu nous parle aussi à travers les autres, dans leur diversité, si on vit dans un climat de charité fraternelle (le frère étant non celui que je choisis mais qui m’est donné, qui m’est confié !) en particulier pour les groupes belges 

Une troisième étape :- Une écoute de l’Esprit hors-EgliseLes réactions le lendemain se sont multipliées et j’ai pu entendre ce que Dieu désirait et souhaitait dans la mort de ce prêtre du côté de Rouen : c’est aussi à travers le témoignage des non-chrétiens :Ceux qui ont dit à l’Eglise leur tristesse et leur solidarité tout en ne partageant pas notre foi.Ou la parole de musulmans  dont l’Imam du lieu disant : je ne comprends pas ; c'est quelqu'un qui a donné sa vie aux autres » - Ces diverses marches de fraternité qui se sont passées entre chrétiens et musulmans - leur présence aux messes de dimanche passé par désir de dépasser les méfiances et de lutter esnemble contre la violence.
Dieu parle aussi hors Eglise - Le concile demandait de savoir discerner les « semences (du Verbe) - les semences d’Evangile présente dans les religions et les les convictions non-chrétiennes. Ce que le pape François a également rappelé : ne pas aborder une situation humaine sans avoir ce regard qui cherche à reconnaître l’Esprit déjà au travail dans les cœurs, les actes et les paroles de ceux qui nous entourent.
Synthèse : pourquoi et comment écouter l’Esprit-Saint en Eglise ? Dieu nous parle pour nous appeler en toute chose, en toute situation à grandir en humanité, en sainteté, à rester source de vie et d’amour.On ne discerne bien sa Parole qu’en communion avec l’Eglise, en peuple de Dieu.Une écoute individualiste de Dieu… (mais aussi des autres !!) court le risque inévitable de nous voir projeter sur Dieu ce que nous sommes, ce dont nous avons envie, ce dont nous avons peur : nous risquons toujours de le créer à notre image (idem avec les autres d’ailleurs !) ou de le récupérer au service de nos pulsions, de nos ambitions, de notre égocentrisme… Dieu est toujours Autre ; il se cherche avec les autres - en relation.Passer par les autres évite le discernement routinier, hâtif, simpliste.Qu’est ce qui nous aide à respecter cette « altérité de Dieu » ? Nous confronter à l’Ecriture (qui est œuvre communautaire) Chercher à correspondre à l’Esprit en dialogue avec l’Eglise, ses pasteurs, l’accompagnement spirituel par des personnes d’expérience - mais sans dépendance infantile Ecouter les grands témoins de la foi d’hier et d’aujourd’hui - nous laisser inspirer par eux Avoir des lieux de partage avec d’autres chrétiens  Se laisser former dans sa foi : formation - enseignement - lecture- retraite - session qui élargissent notre écoute et élargissent notre cœur, notre sensibilité aux appels de l’Esprit Prier seul : mais en veillant à ce que la Parole de Dieu guide notre prière (cf le Concile qui a souligné sa nécessaire écoute dans la célébration de tous les sacrements) Prier avec d’autres : l’eucharistie et les sacrements sont là aussi pour que nous écoutions ensemble Dieu qui nous parle au cœur de nos vies : pour y entendre sa parole, il ne suffit évidemment pas « d’aller à la messe » mais d’entrer dans ce parcours, dans ce cheminement que nous fait faire toute liturgie  S’engager dans la rencontre des autres avec une attention particulière pour les plus pauvres, ceux qu’on risque de laisser de côté (il y en a dans tous les groupes et tous les milieux…) : là Dieu parle, et nous appelle à travers le sacrement du frèreCela n’empêche pas que nous ayons des décisions à prendre toujours de façon personnelle, en engageant notre conscience.Mais jamais sans nous être mis à l’écoute de la communauté et nous être laissés enrichir par l’écoute des autres.Jamais non plus sans y revenir : relire mes décisions et les ajuster - et là aussi en restant à l’écoute des autres. 
+ Jean-Luc Hudsyn

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