Orval Jeunes en Prière OJP

Retrouve OJP 2017

En Lui je trouve ma joie


Texte intégral des introductions bibliques

Témoignage

Tes réactions, remarques, souhaits


Des prochaines rencontres OJP...

Conférence mercredi 2 août 2017


Chers amis,

Le thème est « En Lui je trouve ma joie ». Comment trouver sa joie dans le Seigneur tout au long de nos jours ? Dans les moments de repos ? Ou dans nos activités ? Espérons que ce soit dans les deux. Mais comment faire ? C’est cela « la spiritualité au quotidien ». Voyons un peu de plus près.


Commençons par un petit texte de l’évangile qui sonnera pour nous comme un défi. Je pense à la petite scène bien connue de Marthe et de Marie. J’aimerais partir de ce texte pour situer les deux – Marthe et Marie – l’une par rapport à l’autre. Nous trouvons le texte dans l’évangile de Luc (Lc 10, 38-42). Allons donc à Béthanie chez Marthe et Marie. Apparemment, Lazare n’est pas à la maison. Du moins, on n’en parle pas. Un tout petit texte, mais combien beau et actuel !

Le voici : 
(v. 38-40) Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » 
(v. 41-42) Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » 
v. 38-40 Nous avons trois personnages : Marthe, Marie et Jésus. Mais ils ne sont jamais tous les trois sur le même plan. Un premier duo est formé par Marthe et Jésus. On ne peut pas se défaire de l’impression qu’au début du texte Marthe est la plus importante et Marie est un personnage de second plan. En effet, Luc commence par donner le point de vue de Marthe. Elle est la maîtresse de maison. C’est elle qui reçoit. Elle a bien une sœur, dont nous apprenons en passant qu’elle s’appelle Marie, mais Marthe ne s’adresse jamais directement à elle. Pour parler d’elle, Marthe l’appelle : « ma sœur ». C’est tout de même un peu distant. Marthe s’énerve parce que Marie reste assise aux pieds de Jésus (remarquons que dans l’antiquité c’est l’attitude du disciple, quoique jamais chez une femme en présence d’un rabbi !). Marthe se plaint auprès de Jésus, comme pour le prendre en témoin.  
Malgré tout et dès ces premières phrases Luc nous prépare avec finesse à autre chose. Le lecteur de l’Ancien Testament comprend les indices. Regardons bien le texte. Par exemple : Marie est celle qui « écoute ». « Ecoute » est le premier mot du Shéma Israël, la confession de foi que tout juif doit redire tout au long de la journée : « Ecoute Israël, le Seigneur est notre Dieu ». Ici Marie écoute en effet. Elle écoute son « Seigneur ». Selon le Livre de la Genèse Dieu a créé l’homme comme quelqu’un capable d’écouter, condition pour entrer en relation avec lui. C’est pourquoi il est dit – je cite le prophète Isaïe : « Écoutez-moi bien (…) Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous… vivrez.» (Is 55, 1…3). Oui, Marie écoute. De Marthe, par contre, il est dit qu’ « elle était accaparée par les multiples occupations du service ». Accaparée, « distraite » , tirée hors de ce qui se passe, à cause du service. Luc suggère que son service (sa « diaconie », quelque chose de bien, en soi) est en réalité une distraction. Plus haut dans l’évangile Jésus avait déjà expliqué dans la parabole du semeur : « Ce qui est tombé dans les ronces, ce sont les gens qui (…) sont étouffés par les soucis, (…) et (les graines) ne parviennent pas à maturité » (Lc 8, 14). Notre brave Marthe, si travailleuse et généreuse, empêcherait-elle par son service à la graine (la Parole de Dieu) d’arriver à maturité ? Elle qui pourtant reproche à sa sœur Marie de ne pas être très sérieuse (de perdre son temps, assise par terre) !
v. 41-42 Dans les deux derniers versets, un autre duo se forme : Jésus et Marie. Jésus opère le renversement évangélique auquel Luc nous a préparés dans la première partie. Non, Jésus ne sera pas le complice de Marthe contre Marie. Dans la répétition du nom de Marthe, j’entends un reproche, mais sans agressivité (j’entends plutôt de la compassion) : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses ». L’agitation, l’inquiétude, la préoccupation font que Marthe ne reçoit pas la personne de Jésus dans sa maison. Elle reçoit « son » hôte, qui lui donne l’occasion de se dépenser. Mais qu’est-ce qu’elle doit prouver ? En fait elle n’entend pas ce dont Jésus a besoin, qui est peut-être d’être simplement écouté. La semence – la parole qui porte la vie en elle – ne peut donc pas parvenir à maturité chez Marthe. Jésus oppose l’expression « bien des choses » à « la seule (l’unique chose) nécessaire ». Et cette parole gagne encore en profondeur quand il ajoute : « Marie a choisi la meilleure part ». Dans l’Ancien Testament « la meilleure part » est un terme fréquent. Elle désigne la part des lévites. Vous savez qu’il a douze tribus en Israël (ce sont les descendants des douze fils de Jacob). Onze d’entre eux reçoivent une part en propriété. Une ne reçoit pas de terrain, notamment les descendants de Levi, qui font toujours le service du temps. Leur part est le Seigneur en personne. De là ces splendides paroles du psaume 72 (73) dans lequel le psalmiste (le lévite) s’adresse à Dieu en disant : Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite.Tu me conduis selon tes desseins (…). Qui donc est pour moi dans le ciel, (que m’importe) la terre ?(Même si) ma chair et mon cœur (se consument) :ma part, le roc de mon cœur, c'est Dieu pour toujours. (v. 23-25)
Ou encore le Psaume 15 (16) : Seigneur, mon partage et ma coupe :de toi dépend mon sort.La part qui me revient fait mes délices ;j'ai même le plus bel héritage ! (v. 5-6)
En disant de Marie qu’elle a choisi la « meilleure part », Jésus fait d’elle le symbole du peuple choisi, du peuple de Dieu. Marie nous représente. 
Mais en quoi exactement ? Parce qu’elle ne travaille pas ? Parce qu’elle n’est pas comme Marthe ? Est-ce que le travail est incompatible avec la prière ? C’est ainsi qu’on l’a fait souvent dans le passé. On opposait ce qu’on appelait la vie contemplative (Marie) à la vie active (Marthe). On pourrait le penser en lisant seulement notre petit texte. Mais c’est alors oublier qu’il est précédé immédiatement par le récit du Bon Samaritain. Rappelons-nous dans cette parable la question du docteur de la loi : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » La réponse de Jésus est maintenant qu’il s’agit bien d’agir et de ne pas faire à ce moment un détour pour aller « s’asseoir » au temple ! La conclusion sonne : « Va, et toi aussi, fais de même. » Agis ! La pointe dans nos deux récits ne saurait donc pas être : prier ou travailler. Alors, nos deux textes – celui de Marthe et de Marie d’une part, celui du bon Samaritain d’autre part – sont-ils opposés l’un à l’autre. L’un dit qu’il faut écouter et prier avant d’agir. L’autre dit qu’il faut agir au lieu d’aller au temple. Mais à regarder de plus près il y a aussi quelque chose de commun entre les deux récits. Ni le prêtre ni le lévite dans la parabole du bon samaritain, ni Marthe dans notre texte ne prennent du temps pour se poser la question où est l’essentiel. Ils ne sont pas capables de découvrir la volonté de Dieu, que ce soit dans la parole de Jésus (Marthe)  ou dans les circonstances de la vie (le lévite et le prêtre). Pourtant les choses – ces « multiples choses » qui si souvent nous rendent nerveux et anxieux et nous empêchent de rencontrer les autres – toutes « ces choses » prennent, dans la lumière de la parole de Dieu, une autre signification. Elles trouvent leur juste place. 
Dans notre monde, on court. Beaucoup. Beaucoup trop ! On court pour faire toujours plus en moins de temps, pour gagner toujours plus, pour être plus efficace (disons : pour avoir le sentiment de l’être, parce que dans les faits… que de soucis inutiles !). Et on oublie… de vivre. 
Où est alors la vie ? Dieu dit à travers Isaïe : « Écoutez-moi bien (…) Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous… vivrez.» (Is 55, 1…3). Le même prophète Isaïe a prononcé aussi une belle prière : « Seigneur, tu nous assureras la paix, car  même ce que nous entreprenons, c’est toi qui l’accomplis pour nous. (…) [Et Isaïe ajoute cette image forte, mais cruelle :] Nous étions devant toi, Seigneur, comme la femme enceinte sur le point d’enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs. Nous avons conçu, nous avons été dans les douleurs, mais… nous n’avons enfanté que… du vent. Nous n’apportons pas le salut à la terre, nul habitant du monde ne vient à la vie » (Is 26,12…18). Voilà une belle description d’une agitation stérile, de l’agitation de Marthe, qui est souvent la nôtre ! Une agitation qui n’apporte pas grand-chose, à part des soucis, des impatiences et des maladies psychosomatiques. 
Bien sûr, Dieu ne fait rien à notre place. Il faudra toujours aussi agir. Mais : pas agir pour agir. En écoutant la parole de Dieu, nous apprenons ce qu’il y a à faire, selon les priorités de Dieu. Et nous trouvons le salut et la paix. 
Vous connaissez sans doute l’histoire des cailloux. Cette belle petite parabole en actes pour dire qu’il faut savoir où sont les vraies questions de la vie. Un jour, un vieux professeur de l’École nationale d’administration publique (ENAP - Québec) fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux prof. n’avait donc qu’une heure pour "passer sa matière". Debout, devant ce groupe d’élite (qui était prêt à noter tout ce que l’expert allait enseigner), le vieux prof les regarda un par un, lentement, puis leur dit :« Nous allons réaliser une expérience ».De dessous la table qui le séparait de ses élèves, le vieux prof sortit un immense pot Mason d’un gallon (pot de verre de plus de 4 litres) qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda :« Est-ce que ce pot est plein ? ».Tous répondirent : « Oui ».Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? ».Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux... jusqu’au fond du pot.Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda « Est-ce que ce pot est plein ? »Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L’un d’eux répondit :« Probablement pas ! ».« Bien ! » répondit le vieux prof.Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table une casserole de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que ce pot est plein ? ». Cette fois, sans hésiter et en chœur, les brillants élèves répondirent « Non ! ».« Bien ! » répondit le vieux prof.Et comme s’y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda : « Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? »Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit :« Cela démontre que même lorsque l’on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire ».« Non » répondit le vieux prof « Ce n’est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous ensuite ». Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience, de l’évidence de ces propos.Le vieux prof leur dit alors :« Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé ? Votre famille ? Vos ami(e)s ? Réaliser vos rêves ? Faire ce que vous aimez ? Apprendre ? Défendre une cause ? Relaxer ? Prendre le temps (pour qui ? aussi pour Dieu)... ? Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir... sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n’aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n’oubliez pas de vous poser à vous-même la question :"Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie ?"« Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot (votre vie). »D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle.
Retournons avec tout cela à la scène évangélique du départ. Jésus ne veut pas cautionner la paresse. Mais il loue le courage de Marie pour s’arrêter à certains moments. Il ne méprise pas non plus les efforts de Marthe. J’ai dit l’importance de la parabole du bon samaritain dans le passage précédent. Sans doute que Marthe avait conscience de l’urgence de servir Jésus, qui était venu sans s’annoncer. Elle répond tout de même au devoir de l’hospitalité (une valeur beaucoup plus sensible en orient que chez nous). Marie a pourtant mieux saisi ce qui était vital à ce moment : le maître de la vie était dans leur maison et sa parole continuerait à les faire vivre bien au-delà d’un repas vite digéré. Marie savait faire la distinction entre le « vital » et « l’urgent ». Dans la vie peu de choses sont vraiment vitales, tandis qu’aujourd’hui tout est urgent ! On pourrait dire que Marie savait se revitaliser tandis que Marthe se stressait. En fait, à y regarder de plus près, Marie savait « écouter ce qu’il disait » et ainsi elle sortait d’elle-même, elle prenait distance par rapport aux choses, même urgentes. Savons-nous encore écouter les autres ? Combien de choses sont dites, mais ne sont pas entendues. Combien de choses sont « non-dites » parce qu’on ne s’octroie pas le temps de les dire, ou parce que les autres n’ont tout de même pas le temps de les entendre (ils ne perdront pas leur temps avec cela) ? Une enquête semble avoir montré qu’un médecin – qui doit pourtant écouter ses patients pour comprendre ce qui se passe en lui et faire son diagnostic – écoute en moyenne huit à douze secondes. Après cela il complète lui-même ce que dit le patient, parce qu’il croit le savoir déjà (avec tous les risques d’un mauvais diagnostic et des erreurs médicales). Mais le médecin n’a plus le temps d’écouter son patient. Il doit en voir un maximum en un minimum de temps. Seulement, l’écoute est comme la musique : cela se développe dans le temps. Pas moyen de compresser la musique. Pas moyen non plus de compresser une bonne écoute de la parole de l’autre. Cela pour la défense de Marie. Marthe s’enferme en ses préoccupations avec la conséquence qu’elle stresse. Elle ne sait pas bouger assez vite. Marie par contre s’assied. Elle ne prend pas seulement l’attitude du disciple ; elle se détend et son comportement traduit son attitude réceptive. 
Et j’espère que vous pouvez faire la même chose durant ces jours-ci. 
Père Lode

conférence vendredi 4 août 2017

Dans notre démarche OJP, nous allons prendre un moment pour porter notre regard sur la prière de Jésus. C’est une chose qui avait impressionné les apôtres : le fait que Jésus était un priant. 
Les Evangiles - et spécialement Saint Luc - nous rapportent des paroles de Jésus sur la manière. Mais ils nous parlent aussi de la manière dont Jésus priait. Discrètement, ils lèvent un coin du voile sur son expérience de la prière. Nous allons prendre le temps pour laisser Jésus nous parler lui-même de sa prière.
Nous allons le faire pour « apprendre à prier » à sa manière, pour apprendre à prier en disciples de Jésus.
Il y a bien des façons de prier. Et nous n’avons évidemment pas le monopole de la prière. Mais Jésus lui-même nous dit qu’il y a des façons de prier qui ne sont pas chrétiennes, qui ne sont pas évangéliques. Il nous le fait comprendre dans la parabole du publicain et du pharisien. Tous deux montent au temple pour la prière mais, dit Jésus, leur prière à chacun est bien différente. Le publicain se tient à distance, il est humble. Le pharisien, qui est tout-devant, remercie Dieu « de ne pas être comme ce publicain ». Lui au moins, il est un homme plein de vertu, un vrai pratiquant… Et Jésus dira que seul le publicain est situé avec justesse dans la prière. On peut donc prier… et être, en fait, loin de Dieu.
Les apôtres l’avaient compris. Etre disciple de Jésus c’est apprendre aussi de lui comment prier avec justesse : prier en étant ajusté à Dieu. A sonner juste dans notre lien au Dieu dont il nous parle. 
Même notre prière doit se laisser « évangéliser » car spontanément - dit Saint Paul - « nous ne savons pas prier comme il faut » (Rm 8, 26) ! . Notre prière doit sans cesse se laisser convertir par la manière dont Jésus vivait la prière.
Nous allons donc ce matin tourner notre regard vers la prière de Jésus : quitte à revisiter des textes que nous avons déjà approfondis ensemble.


I.  La prière de Jésus :

1. LES FACONS DE PRIER PRATIQUÉES PAR JÉSUS
Sa façon de prier est enracinée dans la tradition juive de son peuple.

1.1. Dès 12 ans on le voit participer aux grands pèlerinages vers le Temple  de JérusalemRégulièrement, il le fera à l’approche des grandes fêtes. 
Jésus va souvent reprocher aux pharisiens de se servir du temple pour « montrer qu’ils prient » - pour vivre la prière publique de façon hypocrite… Comme si cela suffisait pour être - comme on l’a dit - « ajusté à Dieu.Mais il sera plein d’indignation justement parce qu’on ne respecte pas le temple comme « maison de prière ».

1.2. On voit aussi que le jour du sabbat Jésus se rend dans la synagogueLà on écoutait la Parole de Dieu (on lui demande parfois de la commenter)Là on priait les psaumes : Jésus les connaissait - c’était la base de la prière juive. Il cite les psaumes. Au cénacle lors de la dernière cène, il est dit qu’il quitte les lieux « après le chant des psaumes » Mt 26,30
Il y a donc une dimension communautaire, liturgique à la prière de Jésus.
Mais il y a cette particularité qui a attiré l’attention de ses disciples : : c’est qu’il prend des temps de prière personnels - c’est en voyant cela qu’il lui diront un jour : « Seigneur apprends-nous à prier »

1.3. « Toi quand tu veux prier retire-toi dans le secret de ta chambre »
Jésus prend régulièrement le temps de prier seul, « à l’écart » : au désert – sur la montagne 
Pour le moment, il n’a pas de règle fixe mais il semble plutôt du genre matinal : « bien avant le jour, il se leva, sortit et s’en alla dans un lieu solitaire et là il priait » Mc 1,35 – mais on voit aussi qu’il prie longuement durant la nuit, ou le soir comme au jardin des Oliviers. 
Comment ? : seul (du coup « tout le monde le cherche » !… ibid) - parfois accompagné de quelques apôtres – avec ses disciples (le Notre Père - à la dernière Cène) 

1.4. Il prie aussi au fil des événements Jésus pratique cette prière spontanée très importante qu’est la « bénédiction » : une forme de prière juive très importante. On la retrouve chez Jésus : « Je te bénis, Père,… ». C’est la formule qu’il utilise à la Cène quand il dit la bénédiction sur le pain et sur la coupe.
Dans la Bible, c’est d’abord Dieu qui « pratique » la bénédiction. Il bénit l’homme : il dit sur lui des paroles de vie et de fécondité (c’est le premier vœu de Dieu à la création et qu’il reprend après le déluge, qu’il multiplie avec Abraham).
Dans la prière juive, l’homme est chargé de bénir Dieu en retour : c’est reconnaître le Donateur de toutes choses au travers de toute sa vie (« depuis le lever du jour jusqu’au coucher »).
C’est une prière qui est entre la louange (l’émerveillement) et l’action de grâce (le merci dit à Dieu : la ‘reconnaissance’ dans les deux sens du mot) 
NB : les prières de bénédictions ont un rôle pédagogique important : - éveiller le regard intérieur (apprendre à symboliser : voir l’invisible au travers du visible) - voir Dieu comme source de ce qu’on vit- éduquer à la reconnaissance : « rendre »-« grâce » 
= Apprendre à voir la vie avec le regard de la foi : S. Jean Chrysostome : « Dieu a dédoublé nos yeux : nous avons ceux de la chair et ceux de la foi »

Rien qu’en voyant ces éléments de la prière de Jésus, c’est une invitation à prendre nous aussi  des moments de prière 
Pourquoi ?- comme dit un chant « pour sauver de l’oubli la présence et la voix du Bien-aimé » (A 136). 
- pour ne pas rester à l’extérieur de nous-mêmes : « nous agitant sur le mur d’enceinte de notre château » alors qu’au plus profond de nous se trouve ce lieu où Dieu habite en nous (Cf Ste Thérèse d’Avila)
-  pour écouter et mieux reconnaitre « les murmures de Dieu dans nos vies » (M. Rondet)

C’est le chemin qu’a pris le Christ, les saints… et les moines ! 
Savoir s’arrêter : avoir des temps et de lieux de prière… comme Jésus ! 
Grandir dans notre relation avec Dieu, avec le Christ obéit aux même règles que l’amour, l’amitié, la relation, la vie de couple… 
Dans nos vies « speedées », ce qui menace le plus nos relations c’est - après un certain temps - ne plus prendre le temps de s’écouter , de se parler. Prendre le temps de s’ajuster à l’autre et à soi-même ; prendre du temps gratuits pour se parler avec amour, avec amitié, pour se confier…, et avoir une parole « qui écoute ». 
Dans la relation à Dieu c’est la même chose : il faut des temps symboliques (« où on fait le joint », où on se relie) et des lieux symboliques où l’on vient pour ne pas oublier l’essentiel. 
C’est difficile aujourd’hui aussi bien par rapport à Dieu que par rapport aux êtres aimés ! Nous sommes dans un temps, disait Edgard Morin où « à force de sacrifier l’essentiel à l’urgent, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel »….

2. QUELQUES GRANDS MOMENTS DE PRIÈRE POUR JÉSUS

2.1.  Le baptême de Jésus : 
« Il était priant » dit Luc 3.21 - c’est comme si - dans sa prière - il entendait  le Père lui révéler qu’il est son Fils Bien-aimé : Lc 3,22 : « C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » - Mt  3,17 : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour »
Ce que Jésus « entend », ce sont des versets de l’Ecriture ! Ps 2,7 - Is 42,1… 
prier pour Jésus : rencontrer un Dieu qui mystérieusement lui parle par l’Ecriture : elle devient Parole de Dieu pour lui aujourd’hui (cf le dialogue contemplatif de ce matin) - Et donc pour lui (comme pour nous)… : on peut dire que « les cieux se déchirent » (Mc 1,10) « s’ouvrent » (Mt et Lc) : cela communique entre terre et ciel entre le Père et lui… 
Ici la Parole de Dieu résonne en lui en lui révélant son identité profonde : il est ce fils du Père que le Père appelle à lui. C’est dans la prière qu’il fait l’expérience de sa vocation profonde : être le Fils bien-aimé du Père.
La prière c’est le temps de (re) découvrir sa vocation (et la nôtre) : nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu - nous sommes ses fils et ses filles : nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre source : la vie nous a été donnée - nous sommes des êtres infiniment aimés - nous comptons infiniment pour un Autre, depuis toute éternité et pour toute éternité. 
Dans nos vies occupées, ou il faut être performant, faire ses preuves (à ses propres yeux, et à ceux des autres) : prier c’est en revenir à ce que nous sommes : des êtres aimés gratuitement… C’est-à-dire que nous ne sommes pas aimés de Dieu pour nos mérites - nous devons pas mériter ni acheter son amour
La prière est le lieu où on apprend à recevoir son identité la plus profonde. Où on laisse Dieu nous la redire. Pas l’identité que je me donne ou que les autres me donne : mais qui se reçoit d’un Autre. 
 Et donc fondamentalement : je ne suis pas ce que les autres disent de moi (pour le meilleur ou pour le pire) ; je ne suis pas non plus ce que je pense de moi (pour le meilleur ou pour le pire ; je suis ce que Dieu pense de moi dans son amour bienveillant … un Dieu qui dans son amour croit en moi - ne désespère pas de moi… Un Dieu qui dit de moi : « Tu as du prix à mes yeux, tu comptes pour moi, et moi je t’aime » (cfr Is 43,4)
Or qu’y a-t-il de plus fondamental pour notre existence que de nous savoir aimés inconditionnellement : n’est-ce pas cela qui sauve ? 
Cela ne nous évite pas de vivre des épreuves parfois lourdes, mais y a-t-il une autre force qui nous donne de pouvoir les traverser ? 

2.2.  Les tentations : 
Un dialogue étonnant entre « le Tentateur » et Jésus… où l’on se parle … à l’aide de l’Ecriture : le texte est un échange de citations bibliques. 
Jésus est comme face à une sorte de débat intérieur qui porte sur la manière de vivre sa mission : comment être le Messie de Dieu à la façon dont le désire le cœur du Père ? 
Que vit Jésus dans ce moment de prière « agité » (ceci n’épuise pas les façons de lire ce texte) : 
1ère tentation : il ne s’agit pas de se donner à lui-même la nourriture qui le fera vivre mais en vivant sa vie en dialogue avec le Père, en se nourrissant de sa Parole - Prier pour ne pas vivre sa vie en étant installé « à son propre compte » - Prier pour se laisser nourrir et inspirer par la Parole d’un Autre…
2ème tentation : vivre sa mission sans utiliser l’arme du pouvoir, sans se prosterner devant  le goût de la richesse (c’est ce que fait miroiter Satan comme tentation : « toute cette puissance et toute cette gloire je te la donne… ») ; prier pour apprendre à vivre sa vie en n’adorant que Dieu seul ; sans idole (la plus grande des idoles… étant notre ego).
3ème tentation : non à un messianisme qui s’imposerait en utilisant la séduction ; en se faisant la star, le soleil autour duquel doivent tourner les autres planètes ; sans utiliser non plus le narcissisme ; en cherchant à attirer l’attention sur soi, en cherchant l’admiration générale des autres… Vivre dans l’humilité et la conscience de ses faiblesse… où 
NB : Ces choix fondamentaux présentés dans une sorte de retraite inaugurale au désert, de facto (les évangiles le montrent) Jésus va y être confronté à de nombreuses reprises dans sa vie publique face à des « tentateurs » bien concrets :  les foules… qui veulent le faire roi… et devant qui Jésus préfère fuir dans la montagne – les foules qui demandent des signes évidents la mère des fils de Zébédée qui lui demande de partager son pouvoir avec ses fils ;  Pierre qui ne veut pas entendre parler Jésus de sa passion, il dit à Jésus : « non, Seigneur, cela ne t’arrivera pas… » car il ne conçoit pas que le Messie puisse aussi devoir traverser l’échec. Et que lui dit Jésus ? : « passe derrière-moi, Satan »… « Ne me fais pas entrer en tentation… » lors du crucifiement de Jésus où les évangiles mettent presque mot pour mot les paroles du Tentateur mais cette fois dans la bouche des scribes et des pharisiens : « Si tu es le Fils de Dieu… descends de la croix (cfr : « jette-toi du temple ») - Sauve-toi toi-même - Il en a sauvé d’autres, qu’il descende maintenant de la croix - Il a compté sur Dieu, qu’il le délivre s’il s’intéresse à lui –  Alors nous verrons et nous croirons ». 
 le récit des tentations sont comme l’expression sous forme de récit de la dimension de lutte intérieure que nous pouvons tous connaître dans notre expérience spirituelle (cf la lutte de Jacob avec l’ange au Yabboq - Gn 32,23-31).La prière est donc parfois aussi le lieu du combat spirituel entre Dieu et nous : entre nos désirs et son désir - mais d’une certaine façon aussi entre nous et nous-mêmes : entre notre « égo » prétentieux, qui veut s’imposer et dominer, et notre « moi profond » qui consent à se laisser travailler et convertir par l’Esprit-Saint - entre la confiance en Dieu et la méfiance…
NB : prier… pour « ne pas entrer en tentation » … En même temps l’évangile de Mc, nous dit que se trouve auprès de Jésus « des bêtes sauvages » et « des anges ». Durant ces tentations qui veulent réveiller ce qu’il y a de sauvage et comme violence en nous… même alors nous ne sommes pas abandonnés : les ‘anges’ de Dieu nous sont proches, son Esprit-Saint nous soutient

2.3.  La transfiguration :

C’est aussi une expérience de prière : « Jésus gravit la montagne pour prier et pendant qu’il priait… » (Lc 8, 28-29) 
Le contexte de cette prière est important : 
Jésus avait annoncé sa passion et Pierre avait rabroué Jésus. Car Pierre n’acceptait pas que le Messie de Dieu puisse être rejeté ; connaître la persécution (et sans doute qu’il ne voulait surtout pas que cela lui arrive à lui, comme disciple !). Pierre veut un Messie qui s’impose ! Et Pierre s’était fait traiter de « Satan » par Jésus, de tentateur !  
L’Evangile fait un lien entre cet épisode et la transfiguration en disant bien que c’est bien « environ huit jours après » cet événement que Jésus part avec trois disciples pour prier (Lc 9,28-29) 
Qu’est-ce qui semble se jouer entre autre dans cette prière ? Jésus s’apprête à monter à Jérusalem pour fêter la Pâque. Il n’est pas naïf : il sait qu’un complot se trame contre lui. 
Or de quoi parle Jésus avec Moïse ? En grec : De son « exode qui allait se passer à Jérusalem » nous dit Lc 9,31.  un lien est fait entre ce que Jésus va vivre et l’exode qu’a connu Moïse, cette longue traversée du désert avant d’entrer en Terre promise.
Et de quoi parle plus précisément Jésus avec Elie ? On voit que 20 versets plus loin (9,51) Luc dit qu’ « arriva le moment où allait s’accomplir le jour de son enlèvement de ce monde » … Or la Bible nous raconte qu’Elie, fut « enlevé » au ciel sur un char de feu à la fin de sa vie… Un façon de dire que Jésus va non seulement partager le sort de Moïse et vivre lui aussi une traversée du désert, mais qu’il va aussi partager le sort d’Elie – ce prophète persécuté mais qui finira sa vie en étant « enlevé » au ciel. 
Dans cette prière, à la lumière de l’Ecriture, à la lumière de ce qu’ont vécu Moïse et Elie, Jésus est confronté au fait que s’il monte en pèlerinage à Jérusalem, il va lui aussi tout droit vers son exode et vers son passage auprès du  Père. 
Et cependant Il est déjà illuminé par la lumière de Pâques (la lumière éclatante qui rayonne de lui). Jésus choisit de croire que la lumière qui l’habite déjà, transfigurera ce chemin de confiance qu’il choisit de prendre.
Mais il y aura un passage à vivre, un exode à traverser, un enlèvement tel qu’Elie a connu. 
Et c’est alors qu’il réentend la voix du Père qui l’assure de son amour. La prière pour retrouver ce Dieu, qui dans l’épreuve, ne nous abandonne pas et nous assure de son amour. Dieu ne nous fait pas échapper aux moments d’obscurités, aux moments d’épreuves : la prière de Jésus c’est ce qui le garde dans la foi et l’espérance. Et cela va porter du fruit.
Le fruit de cette prière, l’évangile de Luc nous le dit en 9, 51 : « Alors Jésus durci sa face pour partir à Jérusalem » (cf traduction de la B.J. - « Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem » dit la TOB - « Jésus, déterminé, prit la route de Jérusalem » dit le nouveau lectionnaire ). Jésus décide de monter à Jérusalem où il sait bien qu’une fin tragique l’attend mais il fait confiance à cette lumière de Pâque qui l’habite déjà, il « prend son courage à deux mains » comme on dit en français et il se fie à la fidélité de l’amour du Père.  prier pour trouver la force de la fidélité ; prier pour donner sa vie jusqu’au bout ; prier pour faire confiance en un Dieu qui dans nos exodes nous restera fidèle comme il l’a été pour son peuple, pour Moïse, pour ses prophètes persécutés.

2.4.  La nuit de Getshémani :
Alors que Judas a quitté le group, la nuit s’installe dans la cœur de Jésus. Et comme dans tous les moments importants, les moments clés de sa vie, il part pour prier. Et là il va dire par trois fois : que ce qui m’attend… n’arrive pas ! 
Jésus ne se croit pas obligé de tenir de belles paroles devant Dieu : il lui dit ce qu’il vit. Et ce qu’il vit c’est de se sentir seul avec son angoisse - d’autant que ses disciples se sont endormis. 
Mais nous dit S. Luc, même s’il est abandonné par ses proches, Jésus n’est pas abandonné par le Père : or lui apparut du ciel un ange qui le réconfortait Lc 22, 43.
C’est aussi une prière dans la nuit et qui dure. Par trois fois, Jésus recommence sa prière… 
Et après cette longue prière, « il se relève » : « anasthas » - le même mot que pour la résurrection. Dans la nuit de sa prière, Jésus reste déterminé, courageux : en cela la résurrection est déjà à l’œuvre dans cette prière douloureuse. Et de même il va dire à ses disciples : relevez-vous : « ressuscitez ! »
 Prier pour tenir malgré l’angoisse - s’accrocher à Dieu même dans son silence. Son ange est là pour déjà mettre en nous de la résurrection… Elle est là : dans cette « détermination » de Jésus comme beaucoup l’ont même devant le martyr ; dans ce courage devant la croix qui se profile ; dans cette façon de se relever malgré tout ; dans cette fidélité à faire « comme le Père veut et non comme je veux ».  

2.5. Sur la croix : 
La prière y a sa place : 
Jésus crie vers son Père (ce qui est déjà une façon de prier) mais il crie le psaume 22 qui commence par : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? ».  Jésus s’identifie à ce psaume qui parle d’un serviteur de Dieu, persécuté en pleine déréliction mais qui, apparemment abandonné,  se donne et s’abandonne malgré tout au Père : les 32 versets de ce psaume se terminent par une ouverture à l’espérance  « J’annoncerai ton Nom… car il [le Seigneur] n’a pas méprisé le pauvre, ni caché de lui sa face… Il a entendu mon cri. Telle est son œuvre ». 
Sur la croix, il dit donc une prière qui se vit dans la nuit mais qui est une traversée vers la confiance…
Mais cela commence ce sentiment d’abandon… qui est celui qu’on peut tous ressentir. Y compris dans sa vie de prière.
Ce serait mentir que de vous promettre une vie de prière qui soit toujours comme « un long fleuve tranquille ». Où il suffirait de fermer les yeux pour trouver la paix et la joie !
Au début d’une vie régulière de prière ou lors d’une reprise de celle-ci, on éprouve souvent beaucoup de paix et de joie à prier. On peut même ressentir avec intensité la présence de Dieu. 
Il n’empêche que durer dans la prière peut amener à un dépouillement croissant que les mystiques eux-mêmes comparent à une traversée du désert. On parle aussi de l’aridité dans la prière, de la sécheresse… C’est parfois comme si Dieu devenait absent, apparemment silencieux. Comme si on se sentait en quelque sorte « abandonné de lui »…  Comme si on était sevré du ressenti affectif ou émotif qu’on connaissait. 
Cela fait partie de l’exopérience de la prière où on apprend à être fidèle même si c’est apparemment « sans être payé de retour » au plan affectif, émotionnel.
Je me contente de citer deux grands maîtres de prière :
François de Sales : « Ce beau temps si agréable [des consolations sensibles] ne durera pas toujours ; ainsi il arrivera que quelque fois vous serez tellement privée et dépouillée du sentiment de la dévotion, que vous ressentirez votre âme comme une terre déserte, infructueuse et stérile dans laquelle il n’y a ni ressenti, ni chemin pour trouver Dieu, ni aucune eau de la grâce  qui puisse arroser vos sécheresses »  (Introduction à la vie dévote, IV, chap. 14)
Sainte Thérèse de Lisieux qui à la fin de sa vie (elle a 24 ans), et alors que c’est le jour de Pâques - sent son âme « envahie par les plus épaisses ténèbres » - elle n’a plus « la jouissance de la foi » « Ce n’est plus un voile pour moi, mais c’est un mur qui s’élève jusqu’aux cieux… Lorsque je chante le bonheur du ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que je veux croire » 
Et elle ajoute cependant : « Tout en n’ayant pas la jouissance de la foi, je tâche au moins d’en faire les œuvres. Je crois avoir fait plus d’actes de foi en un an que pendant toute ma vie. » Et encore : « Depuis qu’Il a permis que je souffre des tentations contre la foi, Il [le Seigneur] a beaucoup augmenté en mon cœur l’esprit de foi ».
Cela montre que même cette obscurité intérieure est le lieu d’une croissance que Dieu produit en nous : « il augmente en nous » l’esprit de foi - la confiance  à travers tout - et la gratuité d’un amour qui se donne : et c’est cela qu’il faut regarder : ce sentiment de « nuit » n’est-il pas en fait accompagné d’une plus grande capacité à aimer et à fatre confiance… signes que l’Esprit de Dieu est bien à l’œuvre en moi et que cette fidélité dans la prière donne du fruit.
Il faut cependant ne pas oublier que le Ps 22 n’est pas qu’un cri de déréliction. Il est cela mais c’est aussi un psaume pascal qui se termine par une ouverture à l’espérance  « J’annoncerai ton Nom… car il [le Seigneur] n’a pas méprisé le pauvre, ni caché de lui sa face. Invoqué par lui, il écouta… Telle est son œuvre ». 
S. Luc pour le faire comprendre ne va pas citer le ps 22 mais il conclut la passion par une prière de Jésus qui reprend ici le Ps 30 (et qui va dans le sens de la finale du Ps 22) : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ». 
Jésus prie pour traverser l’épreuveIl y a une autre prière de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur ». Cette prière où Jésus devant ceux qui se moquent et le méprisent, il va se donner jusqu’au bout et par-donner… La prière pour contempler le Christ qui pardonne et nous aide à pardonner…. 

3. LA PRIERE DE JÉSUS INSPIRE LA NOTRE 
3.1. Devenir comme Jésus un priant avec ce qu’était sa prière
Une diversité d’attitudes : on trouve dans sa prière une palette diversifiée d’attitudes  ’action de grâce émerveillée : « Tu es béni Père, car tu as caché cela aux sages et aux savants » Lc 10,21 la demande : tout le Pater – à Gethsémani : « Père s’il est possible » le pardon (sur la croix) la détresse : à Gethsémani - sur la croix l’intercession : « Je prie pour eux… Garde en ton nom ceux que tu m’as confié… Je ne prie pas seulement pour eux mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi » Jn 17, 9…20 « J’ai prié pour toi [Pierre] afin que ta foi ne défaille pas » Lc 22,32 le dialogue intérieur avec Dieu : le chapitre 17 de Jn
Une alternance entre prière communautaire et prière personnelle
Un dialogue avec l’Ecriture : sa prière est nourrie par l’Ecriture : à travers laquelle il parle à Dieu et il « entend » les appels de Dieu 
Un dialogue avec sa vie : sa prière accompagne les événements de sa vie pour la vivre (non sans combat) en réponse aux appels de l’Esprit-Saint en lui – s’ajuster et ajuster sa vie à Dieu
Sa prière se révèle aussi spontanée : elle surgit aussi au cœur des événements

3.2. Sa prière comportait des moments et des temps « symboliques » (qui « mettent ensemble », qui nous permettent de relier le visible et l’invisible.) Thérèse d’Avila disait à propos de la vie spirituelle : « Nous ne sommes pas des anges : nous avons un corps ! » (Vie, 22)La prière cela passe donc par des choses incarnées : Des temps et des moments symboliques : du temps pris sur le temps… pour se mettre devant Dieu, des gestes et des attitudes du corps  des espaces, des objets symboliques par lequel nous signifions que Dieu est présent
Sans pour autant prendre les moyens pour la fin : la prière est aussi au-delà de tout rite et peut se vivre sans parole, sans geste, n’importe où.
Et sans oublier ce conseil rabbinique réaliste : 
Si Dieu est partout faut-il des lieux spécifiques pour le rencontrer ? Réponse : « Dieu est partout mais moi je ne suis pas le même partout » (Cf Christiane Singer, Rastenberg) 
Etre (comme Jésus) créatif dans sa manière de vivre sa prière, mais être attentif à ce qui aide le mieux à me rendre présent à lii et à l’écouter…
La prière commune et personnelle c’est donc pratiquer un rite qui marque une certaine rupture avec la vie ordinaire, avec le quotidien 
La fonction du rite est double :
le propre du rite c’est - à la fois -  d’exprimer une relation 
et en même temps [s’il est posé en vérité] c’est de nourrir et de faire grandir une relation. Cela l’entretient et l’approfondit. 
Ex : offrir des fleurs à quelqu’un – en vérité -  exprime une qualité de relation et en même temps la nourrit, l’intensifie 
D’où l’importance des rites :  leur disparition entraîne l’effacement de la réalité qu’ils signifient  mais s’ils sont habités de l’intérieur, ils sont des « signes efficaces » : ils nouent la relation – ils sont « performatifs » disent les linguistes : ils « font ce qu’ils disent » : ils nouent et consolident l’alliance

C’est vrai aussi pour la prière : elle ne fait pas que « dire » mon désir de Dieu : elle renforce ce lien ; elle est efficace en me rendant disponibles à l’action aimante et transformante de Dieu (car c’est lui qui agit dans la prière), elle permet au Christ et à son Esprit d’agir en nous tout au long de ma vie quotidienne. Car c’est là la finalité de la prière : que ma vie tout entière soit comme une prière.
C’est ce que Jésus visait en disant : « Priez sans cesse ! »

3.3 La finalité de la prière pour Jésus c’est de « PRIEZ SANS CESSE »
La finalité chrétienne des moments de prière c’est de faire que toute notre vie soit prière comme union à Dieu. D’où cette insistance de Jésus reprise par S. Paul : « Priez sans cesse »
« Il leur disait une parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager » Luc 18,1  • « Restez éveillés dans une prière de tous les instants » Lc 21, 36• « Priez sans cesse » 1 Th 5, 17• « En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père au Nom de notre Seigneur Jésus Christ » Ep 5, 20• « Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps dans l’Esprit, apportez-y une vigilance inlassable » Ep 6, 18.

Comme dit S. Augustin, cela ne veut pas dire : « faire des prières sans cesse »…
Le « priez sans cesse » vise une façon d’être relié à Dieu dans tout ce qu’on vit.
S. Augustin appelle cela : être sans cesse en désir de Dieu   Cfr son Commentaire du Ps 37 : 
« Ton désir c’est ta prière ; si le désir est continuel, ta prière est continuelle. Ce n’est pas pour rien que l’Apôtre a dit : « Priez sans cesse» (1 Th. 5, 17). Faudra-t-il donc que nous ayons toujours les genoux en terre, le corps prosterné, les mains levées, pour qu’il nous dise : priez sans cesse ? Si c’est uniquement cela que nous appelons prier, je ne vois guère que nous puissions le faire sans cesse. Mais il est dans l’âme une autre prière, intérieure celle-là et qui n’a pas de cesse, c’est le désir. Quoi que tu fasses, si tu désires le repos en Dieu, tu ne cesses de prier. Si tu veux ne pas cesser de prier, ne cesse pas non plus de désirer. » 
« Prier sans cesse » c’est - en toute circonstance - avoir le plus profond de son désir ajusté à Dieu : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Dieu » Jn 4,54. C’est vivre toute chose dans le désir d’aimer le Père. 
Comme le dit un chrétien orthodoxe : « Dieu est la plus constante de mes arrières-pensées » (Dimitriu)
Cette entrée dans le désir de Dieu demande de l’incarner de façon rythmée par des temps et des lieux qui raniment en nous le désir : c’est bien pour « relancer le désir de Dieu » dans notre être et dans nos vies que nous nous mettons en prière.
Un texte pour terminer : de S. Augustin, Lettre à Proba :
« Pour nous faire obtenir cette vie bienheureuse, celui qui est en personne la Vie véritable nous a enseigné à prier. 
Non pas par un flot de paroles comme si nous devions être exaucés du fait de notre bavardage : en effet, comme dit le Seigneur lui-même, nous prions celui qui sait, avant que nous le lui demandions, ce qui nous est nécessaire. [...]
Il sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Alors, pourquoi nous exhorte-t-il à la prière continuelle ? Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu'il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir [de lui, d’être son disciple] s'excite par la prière, afin que nous soyons capables d'accueillir ce qu'il s'apprête à nous donner. 
Et ce qu’il veut nous donner est très grand, et nous, nous sommes petits et de pauvre capacité ! C'est pourquoi l’Ecriture nous dit : « Ouvrez tout grand votre coeur ». 
Si nous adressons nos demandes à Dieu par des paroles, à intervalles déterminés, à certaines heures, à certains moments : c'est en fait – par ces signes concrets - pour nous avertir nous-mêmes (…)
Ainsi, l'ordre de l'Apôtre : « Priez sans cesse », signifie tout simplement : cette vie bienheureuse, qui n'est autre que la vie éternelle auprès de Celui qui est seul à pouvoir la donner, désirez-la sans cesse » 

Mgr Jean-Luc Hudsyn

Conférence samedi 5 août 2017

1. Introduction

Le thème de notre rencontre OJP est : “En Lui (Dieu), je trouve ma joie“. Comment retrouver la joie, la paix et le bonheur à travers la prière des psaumes, notamment le Psaume 4 ? Pour nous chrétiens, le Christ est la clef des Ecritures.  Le Livre des Psaumes fait partie du patrimoine commun de la synagogue et de l’Eglise. “L’Eglise ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par le peuple juif. Elle rappelle aussi que Jésus et Marie sont Juifs ; que du peuple Juif sont nés les Apôtres, fondements et colonnes de l’Eglises, ainsi que la plupart des premiers disciples qui annoncent au monde l’Evangile du Christ. Les premiers chrétiens continuent les pratiques juives et y ajoutent le baptême et l’Eucharistie“ (cf. La Déclaration : Nostra Aetate no 4  de Vatican II). Dans la Tradition chrétienne, le Psaume 4 est prié le soir. Le croyant demande à Dieu la joie et le bonheur. Le repos, ce n’est pas seulement dormir, c’est aussi être paisible intérieurement, tout en attendant que Dieu nous accueille pleinement dans sa vie. Si chaque soir nous prenons un moment pour faire silence devant Dieu et lui apporter nos soucis, il va nous décharger de nos fardeaux. Il n’y a rien de meilleur pour nous permettre de passer des nuits reposantes et de bonnes journées qu’un moment tranquille avec Dieu. Voyons le texte tel qu’il est présenté par la traduction liturgique des psaumes. Quand tout va bien, ou relativement bien, il nous est facile de reconnaître l’action de Dieu dans notre vie. C’est beaucoup plus difficile quand notre vie ressemble à un terrain miné où tout nous paraît hostile. Quand le sommeil nous échappe, c’est à ce moment que la confiance en Dieu doit être réconfortée.

2. Texte et contexte du Ps 4

1 Au maître de chant, sur les instruments à cordePsaume de David.
2 Quand je crie, réponds-moi,Dieu, ma justice!Toi qui me libères dans la détresse,Pitié pour moi, écoute ma prière! 
3 Fils des hommes,Jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire,L'amour du néant et la course au mensonge?
4 Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,Le Seigneur entend quand je crie vers lui. 
5 Mais vous, tremblez, ne péchez pas;Réfléchissez dans le secret, faites silence. 
6 Offrez les offrandes justesEt faites confiance au Seigneur. 
7 Beaucoup demandent :"Qui nous fera voir le bonheur? " Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage! 
8 Tu mets dans mon cœur plus de joieQue toutes leurs vendanges et leurs moissons. 
9 Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors,Car tu me donnes d'habiter, Seigneur,Seul, dans la confiance.


Réconforté par sa prière, le psalmiste retrouve la paix comme si sa supplication était déjà exaucée. . Il recommande la confiance en Dieu qui entendra la prière s’il reconnaît la sincérité du cœur et le sacrifice approprié (v.4-6).La Tradition attribue le Ps 4 à David (v.1). Il contient une prière ardente, rendue confiante par l’expérience du passé. Il commence par une supplication : " Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière" (v. 2) ! L'expression " toi qui qui me libères de la détresse" est à mettre en rapport avec l'idée d'étroitesse, de resserrement, de pression, de compression et d’angoisse. Une autre version dit : "Toi qui me libères de l’angoisse, tu me mets au large" (v.2). L’angoisse peut être comparée à un enclos qui fait contraste avec le grand domaine. Celui qui prie a déjà vécu une épreuve qui l'a beaucoup tendu. Il se sent dans l'angoisse à cause d'une situation compliquée et stressante. Il y a eu "élargissement " comme lorsqu'on s'échappe d'un filet. Au verset 3, le poète s’adresse à ceux qui se conduisent mal, les insensés (litt. ceux dont les facultés sont affaiblies). Il se propose de leur dire, sur leur lit : "Fils des hommes, jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire, l'amour du néant et la course au mensonge" (v. 3). Pour une autre version : "l’amour du vide", c’est-à-dire les idoles.Les versets 3-6 sont un avertissement aux grands oublieux du Seigneur. Ils s’adressent à ceux qui se montrent négligents dans le service du Seigneur. Ils blessent la gloire de Dieu par la tiédeur de leur service (v.3). L’expression "amour du néant et la course aux mensonges"  (v.3) font allusion aux idoles et à la hantise des richesses périssables. Ce verset 3 trouve l’écho dans la vie de Saül. Les textes soulignent la perversité de Saül. Ce premier roi d’Israël avant David (1 S 9), Saül est rejeté par Dieu (1 S 15,23). Confronté aux guerres avec les Philistins, Saül ira jusqu’à consulter les morts, une autre forme d’idolâtrie (1 S 28). Celui qui consulte les faux dieux outrage le Vrai Dieu.Le Psaume 4 parle de la recherche de la joie et du bonheur que tellement d'êtres humains recherchent passionnément : Beaucoup demandent : "Qui nous fera voir le bonheur" (v. 7) ?  Le psalmiste voudrait que toute la communauté bénéficie du même bonheur en Dieu : "Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage" (v.7).« Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage » (v.7). Seule la personne humaine est capable d’organiser son cœur et d’y inviter Dieu. Dieu est Lumière et le croyant participe à sa luminosité. Avec la lumière, les coupes se remplissent ; c’est la détente et la communion (cf. l’Eucharistie). En priant, le croyant crée des conditions qui permettent à Dieu d’être bienveillant  et accessible à son peuple. Parfois, quand je prie, je sens que Dieu est évident dans ma vie. As-tu déjà senti ton visage détendu à l’écoute d’une Parole de Dieu ?Inspiré par sa propre expérience, le psalmiste exhorte les inquiets à attendre, comme lui, le vrai bonheur paisible qui vient de Dieu. Quand la face du Seigneur se montre radieuse, c’est qu’il est content de ceux qu’il regarde. Il est alors disposé à les combler de ses bienfaits (v.8-9). Le mouvement perpétuel de toute personne, et même vieux comme le monde, c’est la recherche constante du bonheur qui produit toujours l’insatisfaction ! Pourquoi l’insatisfaction ? Parce que cette recherche se limite aux choses matérielles ou à la satisfaction égoïste de nos intérêts. Dans la Bible, le bonheur c‘est la joie de connaître Dieu. Ce bonheur-là donne la paix et la sécurité du cœur.Le bonheur vu sur le plan des possessions, des richesses, de la réussite, de la santé, etc., est un bonheur qui ne nous est pas promis par Dieu de manière permanente. Oui, c’est vrai, il y a dans la Bible des exemples de personnes bénies de cette manière par Dieu. Mais il y a aussi des exemples de justes, de croyants sincères, qui ont tout perdu. 

3. David référé au Ps 4

La Tradition attribue le Ps 4 à David (v.1). Le roi David est une grande figure dans la tradition juive et chrétienne. Notre Seigneur Jésus Christ est fils de David (Mt 1,1s.). J’utilise souvent le mot “midrash“ dans cette partie. Ce sont des textes de la synagogue qui donnent de la saveur aux textes des Ecritures.Les textes constituent une harmonie semblable à un collier qu’une femme porte sur son cou. Dans notre contexte, l’enfilement des perles consiste à trouver d’autres passages bibliques où il est question de la joie, de la paix et du bonheur en Dieu. Le Seigneur a tiré de l’angoisse le suppliant dans une ou plusieurs circonstances qu’on ne précise pas, mais que nous retrouvons dans la vie de David. A la fin du 19ème siècle, le Pape Léon XIII (1810-1903), disait à un groupe de pèlerins belges : “Nous sommes tous des Sémites spirituels“.Je choisis quelques passages qui soulignent la confiance totale de David à son Dieu et son affectivité paternelle. Je pense à ces deux aspects, car je m’adresse à vous, les jeunes ; vous êtes au seuil de la fécondité. David retient maintenant notre attention. Dans la vie de David,  la piété et le péché s’y mêlent. David, rien d’humain ne lui est étranger. Face à David, c’est la fascination : “il réussissait dans toutes ses entreprises, car, le Seigneur était avec lui“ (1 S 18,14). L’élection divine dont David a fait objet a un corollaire : “la réussite“. Il est dit, “tout Israël et Juda aimait David“. Fort de l’onction divine par Samuel (1 S 16), David réalise son premier exploit aux dépens des Philistins en tuant Goliath (1 S 17). Avant le combat avec ce géant Philistin, le jeune David vient de dire à Saül : “Dieu qui m’a sauvé de la griffe du lion me sauvera de la main de ce Philistin“ (1 S 17,37). Il dit aussi à Goliath : “tu marches contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi je marche contre toi au nom du Seigneur Dieu que tu as méprisé“ (1 S 17,45). Mes frères, mes sœurs, ici se pose la question : “Dieu, est-il ennemi de mes ennemis“ ?La suite nous montre que David n’est pas un homme qui se laisse saisir, à la fois humble et patient, plein de lucidité et de confiance en Dieu. Mais le récit ne cache pas la faiblesse du grand roi.  Le soir, se promenant sur la terrasse du palais, David voit une femme et la désire. Après s’être renseigné sur sa situation familiale, il commet l’adultère et envoie son mari à la mort (2 S 11). Selon le midrash : “les pulsions sont plus violentes le soir et le matin. C’est pourquoi David dormait tard et se réveillait tôt“.Plus tard, David commet un autre délit. Dans le récit du recensement du peuple ; une initiative que le Seigneur n’approuve pas. Le prophète Gad lui propose des sanctions, entre autres la guerre et la peste. David répond : “mieux vaut tomber dans les mains de Dieu que de tomber dans les mains des hommes“ (2 S 24,12). Ce David est un roi, mais aussi un père. Le trait le plus marquant de l’image de David et ses enfants est la manifestation publique de ses sentiments de père. Après le meurtre d’Urie, le mari gênant de Bethsabée, l’épée ne s’écarte pas de la maison de David. Son fils aîné Amnon viole sa demi-sœur Tamar. Amnon est tué par Absalom, le frère de Tamar. Absalom fait un coup-d’Etat à David qui fuit en Jordanie. Absalom lui-même est abattu par Joab, le général de David. Vieillissant et fatigué par les guerres, Adonias usurpe le trône. David anticipe et fait monter Salomon sur le trône (1 R 1).A la mort de son fils, qui est aussi son rival, on voit David prendre le deuil de ses fils lorsqu’il les croit tous victimes d’Absalom (2 S 13,30-31) ; puis celui d’Amnon, le violeur, de façon prolongée. Beaucoup plus impressionnante est la détresse qu’il manifeste devant la mort d’Absalom lui-même, car, il ne s’agit pas d’une lamentation rituelle. On nous montre David saisi de frisson, s’enfermant dans une chambre pour pleurer, se cachant le visage et faisant les cent pas en répétant : “Mon fils Absalom, Absalom mon fils“ (2 S 19,1-5). David souhaite se substituer à son fils mort. Son général Joab l’accuse de mollesse : “ toi, tu aimes ceux qui te haïssent et tu hais ceux qui t’aiment“ (v.7). Mais Absalom mort, est son fils ! En David, deux responsabilités se mêlent : le devoir du roi et la tendresse du père.Le texte veut montrer dans l’attitude de David deux choses : une faiblesse regrettable ou plutôt le texte veut décrire un père confiant et généreux abusé par des fils au comportement médiocre. La sensibilité de David est notée à l’égard de ses enfants, avec un réalisme délicat qui montre l’affection du père, sans cacher une bonté qui peut être comprise comme une faiblesse. Le midrash ajoute : on rapportait tout à David ; et celui-ci ne faisait que soupirer. Il disait : “mes enfants que je ne pouvais pas reprendre en me souvenant de mon propre péché“. David, voilà un parent qui a compris.Beaucoup demandent : "Qui nous fera voir le bonheur" (v.7)? Beaucoup de gens sont angoissés par le souci du lendemain. Dans ma prière du soir, est-ce que je pense aussi aux parents que les soucis des enfants empêchent de dormir ? En priant le soir, le croyant porte l’humanité toute entière et l’élève vers Dieu.

4. Dieu, pourvoyeur de mes besoins

Tu mets dans mon cœur plus de joie "que toutes leurs vendanges et leurs et leurs moissons" ; une autre version : "… que leur froment et leur vin débordants"  (v.8). La joie de Dieu est mise en parallèle avec celle des récoltes. La priorité du responsable de famille est de pourvoir aux besoins des siens. L’inquiétude est un refus de croire que c’est Dieu qui régit ma vie. Ce verset nous invite à cultiver l’abandon envers Dieu. C’est lui qui nous accorde la vie et tout ce qui fait sa croissance.Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas à prévoir ou à planifier. Ou bien que nous pouvons cesser de travailler en comptant seulement sur lui pour notre alimentation. Dieu nourrit l’homme, mais aussi l’homme doit planter, labourer et arroser. Si Dieu nous accorde la vie, ce plus beau cadeau de l’humanité, il fait aussi don à ce qui constitue sa croissance. La nourriture, nous pouvons donc l’attendre dans la confiance. Ne pas dire merci à Dieu est une question d’ingratitude. Ce v.8 nous amène à consacrer le meilleur de notre énergie à nous assurer que nous aurons toujours de quoi vivre.Le psaume conclut par une confiance totale : "Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance"(v.9). Avec Dieu, le lendemain n’est pas une source d’anxiété. Il apportera ses propres soucis et ses troubles. En mettant ma nuit et ma journée dans la main de Dieu, les difficultés de demain deviennent plus supportables. Je suis convié à vivre un jour à la fois, et dans la joie et la confiance. Dieu me donne la force et la direction pour les surmonter.Le psalmiste désire que je me prépare de façon raisonnable au lendemain. Il est juste d’anticiper les problèmes par un sommeil réparateur, d’alimenter mon budget d’énergies par un climat de paix, de prévenir mes besoins, de préparer ce qui va m’être demandé. Dieu est mon pourvoyeur de soins. Il me garantit le pain et le vin (v.8), mais aussi le sommeil qui anticipe le lendemain. L’inquiétude du lendemain ajoute inutilement aux fardeaux de la vie.

5. Mon corps est mon allié

La Bible reconnaît que le corps humain est créé par Dieu. Il est béni et devient "temple de l’Esprit" (1 Co 6,19). L’Eglise tient le corps en haute estime et le célèbre, le sachant baigné par l’eau du baptême et destiné à la résurrection. Dieu a promis de pourvoir aux soins de notre corps si nous le cherchons en priorité. Le psaume 4 laisse à Dieu le soin de veiller aux rythmes de base du corps : sommeil, alimentation, détente. Ce corps, aimons-le comme Dieu l’aime.Dieu garantit le sommeil pour celui qui l’invoque (v.9). Je vois aussi la part qui me revient pour bien vivre cette détente. Pendant les premiers mois de l’enfance, l’équilibre du corps de l’enfant est assuré par sa mère. J’apprends à habiter avec moi-même, car mon corps est aussi mon allié. La santé, on y pense quand on commence à la perdre. Nous devons tout faire pour l’obtenir et la conserver. Où est-ce que j’en suis dans ma façon de vivre dans mon corps ? Comment je me prépare et je m’accompagne dans mon sommeil ? Les charges affectives troublent mon sommeil : une mauvaise nouvelle, une déception d’un ami, une souffrance prolongée. Je ne souffre plus du mal, mais du fait d’avoir tant souffert. Trop d’émotions diminuent mon équilibre corporel. La fatigue, le découragement, le sentiment d’inutilité ! Suis-je attentif aux  clignotants dans mon corps ? Pour ma santé, je fais l’effort de comprendre ce qui m’arrive. Je cite ici un document de l’Eglise : "L’abandon à la Providence du Père libère de l’angoisse et de l’inquiétude du lendemain. La joie et la confiance en Dieu disposent à la béatitude des pauvres. Au fond, la Providence ne peut se manifester que si je garde le contrôle dans les grandes comme dans les petites choses de ma vie" (Le Catéchisme de l’Eglise Catholique § 2547). Je donne à la Providence la chance de se produire.

6. Le silence du tombeau

Pour les chrétiens, le Samedi Saint est un jour de silence, d’attente et de recueillement. Ils méditent sur les souffrances du Christ, sa mort, son ensevelissent. Dans le Ps 4, nous ne pouvons pas nous limiter à l’interprétation purement humaine. Par l’expression du repos en Dieu qu’il propose à ses amis, le texte suggère aussi une interprétation céleste. "Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance" (v.9). C’est le chant du Christ qui, remettant son esprit au Père, s’endort du sommeil de la mort avec la certitude de la Résurrection. Le chrétien qui s’abandonne à Dieu dans la joie avant son sommeil revit le Samedi Saint après la Passion du Christ. Le silence de la nuit symbolise aussi le grand repos de la tombe. Juste avant d’entrer dans le grand silence du tombeau, aux heures sombres de la mort, Jésus a dû s’approprier les paroles du Ps 4,9. Il dit : "En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit" (Lc 23,46). La mémoire des psaumes a accompagné Jésus jusque-là ! Dans un acte solennel marqué par un grand cri, Jésus remet son esprit à son Père.Toute notre attention doit s’attacher, quand nous chantons le psaume 4, à voir là le Christ. Chacun peut le comprendre et faire sien son contenu. Il exprime toute l’attitude spirituelle de joie et de confiance en Dieu. Tout ce qui y est écrit est notre miroir. Comme parole inspirée, en reprenant les mots de ce psaume, je suis assuré d’être avec Dieu tout au long de mon sommeil. C’est quand se forme le regard chrétien sur ma vie que le psaume 4 élargit mon cœur et l’ouvre aux autres.

Conclusion

En méditant et priant les psaumes, nous devons nous rendre à l’évidence que le bonheur n’est pas extérieur à nous-mêmes. Savoir se réjouir de sa vie, c’est possible pour chacun. Dieu ne nous a pas créés pour que nous soyons tristes et désespérés. Son désir est de nous permettre de trouver la vraie joie et le bonheur, celui qui ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de sa présence en nous.Gardons-nous d’une recherche de Dieu motivée par la course au bonheur ici-bas. Le seul bonheur total, parfait et sans limite que Dieu promet, c’est la conviction que le chrétien vivra dans l’éternité avec Dieu.Comme tous les Juifs, Jésus a prié ce psaume lors de la liturgie du soir. Il a dû se l’approprier avec des accents particuliers quand il annonçait sa mort et la résurrection. Comme lui, dans la joie et la confiance, le croyant reconnaît les bienfaits dont il est comblé par Dieu, lui qui "Lui qui comble son bien-aimé quand il dort" (Ps 126,2).
Le psalmiste évoque une opération agricole qui clôt le cycle des récoltes. « Tu mets dans mon cœur plus de joie "que toutes leurs vendanges et leurs moissons" ; une autre version : "… que leur froment et leur vin débordants"  (v.8). Pour les croyants, la mention du blé et du raisin renvoie à la nourriture par excellence qu’est l’Eucharistie. 
Avec la joie et la confiance en Dieu, nous sommes en bonne direction, car nous sommes accompagnés. Le poisson n’a pas besoin de sentir qu’il est dans l’eau. Avec le repos du soir, nous sommes dans la main du Christ.
Frère Philippe

∧ top