Orval Jeunes en Prière OJP

veillée samedi 11 août

Du chemin des mages à celui d’Emmaüs…


J’aime les histoires, comme un enfant j’aime tant me laisser captiver par des récits… qui me conduisent sur le chemin de ma vraie liberté. Quel plaisir, oui, de se laisser « captiver » par des récits bibliques qui « libèrent » ma vie !Nous avons commencé (mercredi) par la belle histoire des rois mages, et nous avons continué par une autre histoire, qui n’en finit pas, celle des deux disciples d’Emmaüs… Ces histoires inaugurent en nous un chemin… qui ne fait que commencer !


Les mages ! Ce récit de mon enfance me touche depuis toujours. Les mages font rêver de pays lointains, exotiques, fabuleux, il y a les chameaux, il y a cette étoile qui apparaît, disparaît, puis revient, il y a leur arrivée mystérieuse à Behtléem et puis leur disparition dans l’inconnu par on ne sait quel chemin… Mais surtout au centre du récit il y a ce geste – un geste qui justifie leur vie : tombant aux pieds de l’enfant, ils se prosternèrent devant lui, ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents. Un triple geste : ils se prosternent, ils ouvrent, ils offrent.Comme tout être humain je me reconnais dans cette histoire : moi aussi je suis moi aussi en marche, sur un chemin plus ou moins obscur, plus ou moins clair ; une étoile me guide, du moins par moments ; et je cherche, j’interroge des textes et des gens qui pourraient m’éclairer… Un désir me travaille, je suis habité par une recherche de sens, et je marche, je chemine, plus ou moins fidèle à l’étoile, à la lumière déjà reçue… Et puis, un jour, un beau jour, je me ‘trouve’ devant l’enfant. Là, soudain éclate l’intime certitude que c’est lui qui depuis toujours m’attendait, éclairait mon chemin, que c’est lui que je cherchais obscurément sans le connaître… C’est une révélation, un éblouissement : un voile se déchire, le ciel s’est ouvert, le réel prend sens, tout s’éclaire.Alors, je tombe à genoux devant l’enfant, je me prosterne, c’est plus fort que moi, et dans le même élan, je lui ouvre mes coffrets, je lui ouvre mon cœur, ma vie, et je la lui offre, je la lui donne. Ma vie tout entière, je l’offre au Seigneur. Je l’offre à celui que je reconnais comme la source de mon être. Devant l’enfant, je me fais petit, je me fais enfant, tout entier donné et disponible. C’est un élan irraisonné, un geste de don qui s’impose à moi, une adhésion, une adoration de tout mon être. Mon chemin, notre chemin ressemble à celui des mages. Ils cheminent longuement dans la nuit, dans un non-savoir. Et puis, tout à coup, une découverte, inattendue, surprenante, touche le cœur de leur être et les jette aux pieds de l’enfant ; ils le reconnaissent ainsi comme leur Maître, leur Seigneur : ils lui donnent tout, habités qu’ils sont par l’obscure et intime certitude d’adhérer ainsi à la vraie vie. Ils s’ouvrent et ils s’offrent, et ainsi accomplissent leur vocation la plus profonde, ils ont trouvé le sens ultime de leur vie, ils se sont trouvés eux-mêmes.

Les mages sont de nouveaux Abraham : par la foi ils quittent leur pays sans savoir où ils vont, marchant en pèlerins, polarisés par le pays qui leur a été promis. 
Les mages sont de nouveaux Moïse : comme lui ils ne peuvent voir Dieu que « de dos », que « voilé » et caché dans un enfant, ils tombent à genoux devant le Dieu tendre et miséricordieux, qu’ils devinent en cet enfant.
Les mages sont de nouveaux Elie : ils apprennent à discerner Dieu non pas dans l’orage ou la tempête, ils se prosternent non pas devant un Dieu imposant et tonitruant, mais ils le reconnaissent et l’adorent dans le bruit discret d’un silence ténu… ou le gazouillis d’un nouveau-né.

À la suite des mages, à la suite de tout le peuple des héros bibliques, moi aussi je marche et je cherche… Dans ma jeunesse, comme les mages, je me suis mis en route, en quête, une étoile m’attirait, je voulais « donner ma vie à Dieu ». Je pressentais que c’était dans l’acte de m’ouvrir et de m’offrir, comme les mages, que je vivrais ma vocation, que ce réaliserais ce pour quoi j’étais venu au monde. Un Dieu mystérieux, voilé, mais que j’ai perçu pourtant discrètement présent dans la beauté du monastère d’Orval et d’une communauté fraternelle… : c’est à lui je veux m’ouvrir et m’offrir.

C’est toujours la même histoire : comme Gaspard, Melchior ou Balthasar, ou encore comme Cléophas, nous sommes chacun appelé à accomplir le même geste d’adhésion. Et en le faisant, nous percevrons que ce geste unifie notre vie, l’apaise, que par avance il l’assume et la résume.L’Esprit saint nous pousse chacun à faire une pleine offrande de nous-mêmes, à faire un acte de la plus haute liberté en « donnant notre vie à Dieu », répondant ainsi à l’amour premier, à l’offrande première de Jésus pour nous, pour moi ! A Bethléem, la « maison du pain », un Enfant tout petit, fragile, s’offre en nourriture dans une mangeoire, il se donne comme un pain de vie pour les mages – et pour nous tous – et nous envoie comme eux sur un nouveau chemin…À Emmaüs, à la table de l’auberge, Jésus se révèle fragile comme du pain, il rayonne dans le geste du pain rompu, se donne comme notre nourriture, notre viatique, sur le chemin de la vie pleinement vivante !Nous sommes les mages, nous sommes les pèlerins d’Emmaüs, nous marchons, nous cheminons, et avec nous mystérieusement chemine incognito l’Enfant de Dieu… Bon chemin ! Bon voyage !

Frère Bernard-Joseph

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