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Oeuvre contemporaine créée pour le 950e anniversaire de la fondation de l'Abbaye d'Orval en 2020.  Christian Jaccard a utilisé la technique de combustion murale sur l'entièreté de la voûte du 18e siècle située sous la croisée du transept de l'église.

L’œuvre s’inspire des arceaux repérés dans l’ancienne architecture romane et ceux en demi-cintre des vitraux de l’église.  Des « ombres de brûlis » (les brûlis consistaient à brûler les herbes sèches pour amender la terre), ou taches de suie étalées suivant un ordre aléatoire sont une expression polymorphe, au droit des parois du soubassement vouté et aux trois des quatre passages cardinaux, situés sous la croisée du transept.

Les jeux simultanés de courbes et de taches forment une composition picturale tracée par l’incandescence fugitive du gel thermique.  Ils révèlent leurs contrastes d’ombres et de lumière.  Ils éclairent nos intuitions quant à la configuration et à l’accomplissement d’une œuvre exprimée en Partition Cistercienne et caractérisée par le cheminement, la progression et l’amplitude des ombres de brûlis.  Ils nous invitent à méditer cette alternance en noir et blanc chargée de métaphores et de symboles, voir cette altérité récurrente du jour et de la nuit.  Ils nous révèlent l’absence de cet envol grandiose des flammes devant notre pesanteur et face au silence rédempteur qui plane au sein de la voute constellée de spectres évanouis.

Sur la blancheur de l’enduit chaulé, le tableau aux nombreuses migrations carbonées s’étale de manière pariétale.  C'est l’expérience picturale d'une convection thermique en action sur les parois transcendées par l’extinction de multiples braisillements.  C’est une équation métaphysique du possible et de l’incertain. 

De cette rencontre et de ce processus naît l'œuvre combustion in situ inspirée par la densité de l’architecture et la force énigmatique du lieu. 

Christian Jaccard 
Juillet 2020

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